L'architecture romane


[Source de l'image]
Le clocher de l'abbaye de Cluny

 

"Comme approchait la troisième année qui suivait l'an mil, on vit dans preque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, rénover les bâtiments des églises ; une émulation poussait chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celle des autres. Cétait comme si le monde lui-même se fût secoué et, dépouillant sa vétusté, eût revêtu de toutes parts un blanc manteau d'églises".

(Raoul Glaber, Histoires)


Mariam matrem virginem
(Llibre Vermell de Montserrat)

Introduction

"En l'espace de trois siècles, de 1050 à 1350, la France a extrait plusieurs millions de tonnes de pierre pour édifier quatre-vingts cathédrales, cinq cents grandes églises et quelques dizaines de milliers d'églises paroissiales". [1]

Comme le souligne le moine chroniqueur Raoul Glaber, l'entrée dans le XIe siècle s'effectue sous le signe du renouveau, qui se manifeste, entre autres, par un essor sans précédent de l'architecture religieuse. L'art roman connaît un essor spectaculaire au XIIe siècle, alors que le mouvement monastique bénédictin atteint son apogée et que se développent les grands sanctuaires de pèlerinage sur les routes de Saint-Jacques de Compostelle.

L'art roman est un témoignage essentiel et inestimable de l'âge féodal. Il est avant tout l'expression de la foi médiévale et de la puissance montante de l'Église. Pour bien en saisir toute la richesse, il importe de comprendre la sensibilité religieuse de cette époque, dans le contexte d'une société en pleine effervescence tant sur le plan démographique, économique que culturel.


Pourquoi la coquille symbolise-t-elle
le pélerinage à St-Jacques de Compostelle ?
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1. Qu'est-ce que l'art roman ?

Le terme "roman" dérive du mot romanz qui apparaît au XIIe siècle pour désigner les langues populaires par opposition au latin classique, langue des élites cultivées. Le terme s'étend ensuite à une forme littéraire en prose écrite en ancien français. Ce n'est qu'au XIXe siècle (1818, Charles de Gervilles), avec la revalorisation de l'époque médiévale, que le terme en vient à désigner un art spécifique, distinct du style gothique, qui apparaît en Europe méridionale à la fin du Xe siècle.

[Pour voir une carte des principaux sites romans en Europe, cliquez ICI.]

1.1 L'héritage romain

Les maîtres maçons du XIe siècle ont à leur disposition les techniques de construction héritées de l'époque gallo-romaine, auxquelles se mêlent, pour l'ornementation, des influences celtes et germaniques (ex. la "bande lombarde"). Les Romains ont considérablement développé les techniques de construction grâce à leur maîtrise de l'arc en plein cintre (demi-cercle) et des voûtes en berceau. Ces dernières constitueront la base structurelle de l'architecture romane. (Voir le lexique pour les termes techniques).


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La basilique romaine est un édifice public de forme rectangulaire terminé à une extrémité, par un mur courbé en hémicycle, l'abside. L'édifice servait de marché, de palais de justice et de lieu de promenade.

 
L'église chrétienne (ici le plan de Saint-Denis) adopte généralement le plan de la croix latine qui évoque le Christ : l'abside, qui entoure la choeur évoque sa tête ; le transept, qui coupe la nef centrale , évoque ses bras ; la nef, bordé de colonnes est son corps. À noter que les églises chrétiennes sont toujours orientées selon un axe est-ouest.

[Voir la structure des églises romanes d'Auvergne]


1.2 Le premier âge roman (~ 950 à 1060/70)

Le contexte de relative stabilité politique qui suit les dernières invasions en Occident n'est pas étranger à l'élan bâtisseur que connaît alors la société occidentale. Les premières manifestations de l'architecture romane apparaissent en Europe méridionale (du nord de l'Italie à la Catalogne en Espagne) à la fin du Xe siècle. Le style roman se répand ensuite en Europe occidentale dans le cours du XIIe siècle.

 
[Source de l'image]
Saint-Michel-de-Cuxa (Roussillon) est la plus ancienne abbaye romane de la région.
L'église est consacrée en 975 et représente bien l'architecture du premier âge roman : la maçonnerie rustique obtenue à partir de pierres éclatées au marteau ; le décor de
bandes lombardes (motifs de maçonnerie en faible relief).

L'expansion du style roman suit le réseau des monastères qui sillonnent les contrées de la chrétienté. À cet égard, la fondation de Cluny (910) est déterminante en ce que très rapidement, le monastère se retrouvera à la tête d'un puissant réseau d'institutions indépendantes du pouvoir des seigneurs et des princes. L'ordre clunisien, de même que l'ordre cistercien qui se développe au XIIe siècle, joueront un rôle essentiel dans la diffusion des techniques et des styles qui constituent l'art roman. Un art pourtant diversifié, car chaque région adapte les procédés à sa manière et selon ses besoins.


La salle capitulaire de l'abbaye de Fontenay montre un bel exemple de voûte d'arêtes. Fondée par Bernard de Clairvaux en 1119, cette abbaye représente l'idéal de sobriété et de simplicité des premières communautés de moines réformées selon la règle de Cîteaux.

L'innovation capitale de l'architecture romane est le remplacement de la charpente en bois par la voûte de maçonnerie (dite appareillée) pour couvrir les grands édifices religieux. La charpente en bois est souvent détruite par le feu des torches ou des bougies, ou par la foudre. La pierre est un matériau plus prestigieux qui offre, par ailleurs, une acoustique bien supérieure au bois. L'usage en est d'abord réservé à certaines sections seulement (la crypte, le choeur où se trouvent les reliques) pour s'étendre ensuite au recouvrement des grandes nefs.

Afin d'éviter l'effondrement, la construction devra répartir harmonieusement les charges.

Le problème majeur que les bâtisseurs de cette époque ont dû résoudre consiste dans le poids formidable de la voûte en pierre qui couvre la grande nef centrale. Ce poids exerce une force d'écartement (ou poussée latérale) sur les murs qui supportent la voûte. Les maîtres bâtisseurs romans vont trouver divers moyens pour contrebalancer la poussée exercée par la voûte, de telle sorte que les édifices pourront gagner en hauteur et renouer avec une monumentalité vouée à l'exaltation de la foi chrétienne. [Quelques notes sur la voûte romane.]
L'un de ces moyens consiste à opposer une force de contrebutement à la poussée latérale. [Voir schema]. Cette force sera transmise par les tribunes aménagées au-dessus des nefs collatérales. Les demi berceaux (petits arcs de cercle qui rejoignent la base de la tribune avec la base de l'arc plein cintre) exercent une force dynamique qui s'oppose à la force d'écartement des murs. Les murs de la tribune seront percés d'ouvertures qui permettront d'éclairer l'intérieur. Le triforium désigne la galerie ajourée qui donne sur la nef.

Un autre moyen : la voûte en berceau est consolidée par l'adjonction, à intervalles réguliers, d'arcs transversaux ou doubleaux (voir nef de Vézelay en cliquant ICI).

Les bâtisseurs romans utiliseront également la voûte d'arêtes : deux berceaux qui se croisent à angle droit. Cette technique permet d'orienter les charges sur les 4 piliers qui soutiennent les arcs, permettant ainsi de soulager les murs qui peuvent s'ouvrir davantage pour laisser entrer la lumière.

À la fin de l'époque romane, on enrichit le procédé par des nervures de pierre (les ogives) qui répartissent mieux encore les charges vers les piliers ou les colonnes [ Voir un schéma].


1.3 Le second âge roman (1060/70 milieu du XIIe s.)

La prospérité de l'Église rejaillit dans les chantiers de construction qui se multiplient en Europe. La construction de la troisième abbatiale de Cluny (1088), dont on dit qu'elle fut la plus grande église de la chrétienté, marque le départ de cette nouvelle phase.

[Très belle image de l'église Notre-Dame d'Orcival]

Ainsi, à compter du dernier tiers du XIe siècle, l'architecture romane entre dans sa phase de maturité. Plusieurs générations de bâtisseurs ont permis l'atteinte d'une grande maîtrise dans le traitement des matériaux ainsi que dans les techniques architecturales. Le savoir-faire des maçons et des charpentiers se transmet au sein de confréries ou d'associations de métier.

[Visitez l'église St-Étienne de Nevers achevée à la toute fin du XIe siècle.]

Les cathédrales, les basiliques ou les grandes abbatiales devaient donner au modeste pécheur ici-bas, un avant-goût du paradis céleste. Ainsi se comprend l'importance de la décoration des églises romanes, véritables livres de pierre participant à l'exaltation de la foi. Les sculptures, les fresques et plus tard, les vitraux, ont une fonction évangélique auprès d'une population en grande partie analphabète. Les façades reçoivent donc une attention particulière, comme l'illustre la basilique romane Notre-Dame-la-Grande.


[Source de l'image]
La basilique Notre-Dame la Grande à Poitiers.
Bâtiment du XIe s. (milieu du XIIe siècle pour la façade).

Autre facteur essentiel de l'expansion de l'architecture romane, le culte des reliques et l'essor des pèlerinages qui prennent, à partir du XIe siècle, une grande importance. Sur les routes empruntées par les pèlerins, certaines abbayes deviennent autant de relais et d'étapes qui accueillent une foule de plus en plus nombreuse, attirée par les reliques saintes que recèlent ces lieux de culte et de dévotion (voir carte). Les églises de pèlerinage se multipliant, il devint donc impératif de trouver des solutions aux problèmes engendrés par la circulation de pèlerins si nombreux.

[Voir le très beau tympan du portail de la basilique de Vézelay]


Sainte-Foy de Conques, étape essentielle sur la route de Saint-Jacques de Compostelle est célèbre pour ses reliques de Sainte-Foy.

[Vue de Sainte-Foy de Conques dans son environnement urbain]


2. Lexique pour comprendre l'architecture romane

[Voir un schéma d'une église romane]

  
L'abside

L'abside est formée par l'extrémité arrondie de certaines églises, derrière le choeur. L'art roman verra le développement d'un déambulatoire (espace de circulation) entre le choeur et l'abside qui s'ouvre sur de petites absidioles qui abritent des chapelles, qui sont dites alors, "rayonnantes".

Lorsque que l'on regarde l'édifice de l'extérieur, l'extrémité en hémicycle est dite chevet.

Les arcs

Arc en plein cintre

L'arc est une structure de maçonnerie de forme courbe (le berceau). Il est dit en plein-cintre, si le berceau est en forme d'hémicycle (demi-cercle) ; il est dit brisé si le sommet du berceau forme un angle aigu. (Le cintre désigne aussi l'échafaudage en bois sur lequel est édifiée la voûte).

Un arc est formé de pierres taillées en biseaux, les claveaux. Le claveau central a pour fonction de bloquer la structure de l'arc, c'est la clé. La surface intérieure constitue l'intrados, à l'inverse, l'extrados désigne l'extérieur.

  • L'arcade est l'ensemble formé par un arc et ses deux supports verticaux. Elle est dite "aveugle" lorsqu'adossée au mur.
  • L'arcature est formée par une suite de petites arcades. On dit qu'elle est "aveugle" lorsqu'elle est plaquée contre un mur en élément décoratif.


Le choeur

Le choeur se situe dans le prolongement de la nef, mais son accès est réservé aux membres du clergé qui s'y rassemblent pour chanter l'office. Il est toujours orienté à l'est (vers Jérusalem).

  • C'est le lieu le plus sacré de l'église. Il abrite le sanctuaire, c'est-à-dire l'autel où est célébré le culte de l'eucharistie.
  • Il est érigé sur la crypte (du gr. kruptos, "caché"), une tombe souterraine où se trouvent les reliques d'un saint.


La nef


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Du lat. "navis", navire, la nef en effet, évoque la forme d'un navire renversé, avec sa silouhette étroite et longiligne, ce pourquoi on parle aussi de vaisseau pour désigner cet espace (plus ou moins long) qui sépare la façade du choeur. Dans l'église, la nef est le lieu de rassemblement des fidèles.

À la nef centrale, l'architecture roman ajoute des nefs latérales qui, non seulement agrandissent l'édifice, mais servent de contrebutement à la poussée exercée par la voûte, sur les murs porteurs de la nef centrale.

  • Ces nefs sont dites "collatérales" lorsqu'elles sont de même hauteur que la nef centrale ;
  • ou "bas-côtés", si elles sont plus basses.

Dans les grandes églises, les nefs latérales sont munies de tribunes (voir ce mot). [Voir schema]

L'ogive


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L'ogive est la forme prise par les nervures de pierre qui traversent les arcs dans la diagonale découpant la voûte en sections ou voûtains. [ Voir un schéma].
  • La voûte sur croisée d'ogives apparaît dans les régions anglo-normandes au tournant du XIIe siècle.
  • Elle permet de transmettre la poussée engendrée par le poids de la voûte sur les 4 piliers des arcs croisés. Il suffit de multiplier le nombre de travées pour allonger la nef.

La nef de la cathédrale de Durham, en Angleterre, est un bel exemple d'évolution de l'architeture romane vers le style gothique.

Le Portail

On entre dans une église romane par la "grande porte". Le portail, c'est l'entrée dans ce qui est censé évoquer la Jérusalem céleste. On apportera beaucoup de soins à l'ornementation de la façade principale qui acquiert, dès lors, un caractère de monumentalité.

L'art roman renoue avec la sculpture qui connaîtra un grand essor.

 
Les supports


Chapiteau historié de
l'abbaye de Moissac

La colonne est un élément de support de forme cylindrique (ce qui la distingue du pilier de forme carrée). Elle comprend trois parties :

  • La base : qui forme le pied
  • Le fût : ou "l'arbre" qui forme la portion médiane. Il peut être lisse, cannelé, etc.
  • Le chapiteau : qui couronne le fût. Il débute par une petite moulure arrondie, l'astragale. Sa partie principale forme la corbeille dont la décoration sculptée permet au fidèle de "lire" une histoire sacrée, ce pourquoi on parle de chapiteau "historié". Il se termine par le tailloir, élément plat qui établit le contact avec la partie supérieure.

À l'extérieur du bâtiment, les contreforts [voir image] viennent renforcer les murs par l'ajout d'une structure de maçonnerie.


Le transept

Petite nef transversale qui donne à l'édifice sa forme typique de croix latine. Chaque "bras" du transept porte le nom de croisillon.

La croisée du transept désigne la partie de l'église où se rencontre la nef et le transept. Elle est généralement coiffée d'une coupole (vôute en forme de demi-sphère).

Les tribunes
Les tribunes sont des galleries aménagées au-dessus des nefs collatérales. Elles ont pour fonction d'exercer une force de contrebutement à la poussée latérale des murs engendrée par le poids de la voûte appareillée.

Lorsque la gallerie qui s'ouvre sur la nef est ajourée pour laisser passer la lumière, on parle alors du triforium, de transforare, "percer à jour".


Les voûtes


La voûte en berceau plein-cintre


La coupole

Les voûtes sont des ouvrages de maçonnerie qui recouvrent un édifice (voir schéma). La voûte exerce une charge sur les murs qui la supportent. La force de la charge s'exerce selon une poussée latérale qui tend à les écarter. C'est ce qui explique le caractère "massif" des constructions romanes (murs épais, petites ouvertures, contreforts).

Suivant leur type, on distingue :

  • La voûte en berceau : losqu'elle forme un demi-cercle parfait, elle est dite en berceau plein-cintre ; lorsque le sommet de la courbe forme un angle aigu, elle est dite en berceau brisée [ voir image ]. Elle est surtout utilisée pour couvrir la nef centrale.
  • La voûte d'arêtes: est constituée de deux voûtes en berceau (plein-cintre ou brisé) de même diamètre qui se coupent à angle droit. On obtient ainsi une voûte solide qui repose sur 4 points d'appui principaux. Elle s'adapte bien à des surfaces carrées comme les travées des bas-côtés, du déambulatoire, du choeur et des transepts.
  • La coupole : "Voûte hémisphérique engendrée par deux courbes se coupant au sommet" (référence). Elle couvre généralement les choeurs. [Voir un exemple d'architecture en "file de coupole" à l'abaye de Solignac.]
  • La voûte en cul-de-four : est en forme de quart de sphère. Elle recouvre les absides et les absidioles. (Voir image).


L'abbaye Maria Laach (milieu du XIIe siècle) témoigne de la persistance des traditions impériales germaniques avec ses nombreuses tours. Les motifs décoratifs de la maçonnerie dénotent par ailleurs des influences lombardes.



Pour approfondir, visitez les sites suivants :


[Source de l'image]

Notes :

Jean Gimpel, Les bâtisseurs de cathédrales, (1959) cité dans Alain Erlande-Brandenburg, Quand les cathédrales étaient peintes, Paris, Gallimard, 1993, p. 35. [retour]



Dernière mise à jour le 17 janvier 2010

Webmestre : Louise Forget