Qui est Laurent-Michel Vacher?

Michel Vacher (1944-2005)  est un essayiste et professeur de philosophie canadien d'origine française. Il est né dans une famille modeste d'une petite ville discrète du Massif central. Un diplôme de licence ès-lettres en philosophie et une scolarité de troisième cycle en poche, il arrive au Canada en septembre 1966 pour un stage de deux ans comme enseignant en philosophie dans le cadre d’un programme de coopération. Il restera au pays, où il enseignera à ce qui s'appellera bientôt le collège Ahuntsic et qui portait alors le nom d'Institut de technologie Laval. «Peu importe les raisons profondes (était-ce mon allergie à la hiérarchie sociale française, ou bien l’attirance pour la vie relativement facile qui s’offrait à moi, etc.), le fait est que mon choix [de rester] s’est avéré définitif et dénué d’hésitation» (Une petite fin du monde, 2005).

Il s'intègre rapidement aux groupes intellectuels de l'époque, notamment grâce à Patrick Straram (le «Bison ravi»), écrivain canadien d'origine française, particulièrement intéressé par le cinéma. Dès le début, il signera des articles de critique culturelle d'abord dans Le Devoir puis dans  Hobo-Québec sous le pseudonyme de Laurent-Michel Colombourg, qu'il abandonnera rapidement mais dont il gardera le prénom composé. Cette activité journalistique est à l'origine de Pamphlet sur la situation des arts au Québec (1975). À la même époque, il sera des fondateurs de la revue Chroniques (1975-1977) puis, quelques années plus tard, de la revue Spirale (1979). Animateur craint sans doute autant qu'admiré, il avait la controverse facile, le sens critique affûté et la culture fort étendue.

Caractérisée par une très grande clarté de l'expression, son écriture engagée et polémique est mise au service d'une pensée réaliste et matérialiste de plus en plus sensible aux avancées de la science. Réfractaire à toute forme d'idéalisme, d'irrationalisme, de métaphysique, tant du point de vue philosophique que du point de vue politique, à partir des années 1980, sa réflexion suivra essentiellement deux voies thématiques: l'une consacrée à faire comprendre et à défendre le travail de la raison scientifique (Pour un matérialisme vulgaire, 1984, L'empire du moderne, 1989, Entretiens avec Mario Bunge, 1993, La passion du réel, 1998), l'autre à dénoncer les vieilles idéologies politiques, particulièrement le nationalisme (Un Canabec libre, 1991, Une triste histoire et autres petits écrits politiques, 2001).

Soucieux d'exercer son enseignement en conformité avec ses convictions aussi bien qu'avec son tempérament libre et bricoleur, il a également produit un matériel didactique qui, non traditionnel dans sa forme, fait écho à sa pédagogie ouverte et à son rationalisme philosophique (Histoire d'idées, 1994, Découvrons la philosophie avec François Hertel, 1995, Débats philosophiques, 2002).

Bars, cafés, restos. Scènes de la vie urbaine (2005) et Dialogues en ruine (1996) méritent une place à part dans sa bibliographie. Ils sont le fruit de l'amitié, une amitié profonde, surtout dans le cas de Jean Papineau (1950-1995), qui avait été à la fois son collègue et son interlocuteur le plus stimulant.

Biographie produite par Giovanni Calabrese