Concours de dialogue

 

« Jo-Hakim »

Par Salma Haji

 L’histoire se déroule en 2014, dans laquelle Hakim Abdellah souhaite se trouver un emploi dans le domaine dans lequel il a étudié. Après plusieurs entreprises auxquelles il a envoyé son CV, absolument rien, c’est le calme, aucune réponse, pas même des accusés de réception. Il a une idée : il décide de renvoyer son CV à toutes ces compagnies, mais avec un petit changement. En effet, il a décidé de modifier son nom pour un nom qui appartient plus, je dirais, à la société dans laquelle il vit. Il a choisi Joaquim Mélançon.

 

1 semaine plus tard…

Hakim (Joaquim) reçoit un appel.

-      Appel inconnu: Bonjour, c’est bien Joaquim Mélançon à l’appareil?

-      Hakim : oui… c’est bien moi, à qui ai-je l’honneur?

-      Appel : bonjour Joaquim, je m’appelle Geneviève, je fais partie des ressources humaines de la compagnie JIRBON, vous avez postulé pour à poste à temps plein il y a de cela une semaine. Êtes-vous encore intéressé par le poste?

-      Hakim : ah oui bonjour, oui bien sûr, je suis toujours intéressé.

-      JIRBON : nous avons consulté votre dossier et il semble très intéressant et nous aimerions vous rencontrer. Quand est-ce que vous seriez disponible?

-      Hakim : Ah oui? Super!! Je serais disponible à partir de demain, vers 10h?

-      JIRBON : C’est parfait 10h, on se voit donc demain, vous avez l’adresse de la compagnie?

-      Hakim : oui je l’ai, c’est bien le 8931 rue boulevard de la tolérance?

-      JIRBON : Oui c’est exact. Alors je vous dis à demain.

-      Hakim : oui à demain.

Hakim est très content, une partie de son plan commence à se réaliser. De plus, cette compagnie ne l’a pas contacté sous son vrai nom, mais sous le nom qu’il a créé.

Le lendemain à 9h, Hakim sort de chez lui, il ne veut absolument pas arriver en retard. C’est parfait, il arrive 15min en avance et se présente à la réception et à contre cœur sous son faux nom. Il se sent très mal de faire cela, mais il veut tout de même arriver à bout de son expérience et comment se déroulera la suite des choses.

10h05

Une grande femme arrive dans la salle d’attente et semble chercher quelqu’un du regard. Heureusement (ou pas) pour Hakim Abdellah, il n’avait pas vraiment l’air d’un étranger, il était plutôt clair de peau avec des yeux bleus. Donc la femme se dirige vers lui (il était le seul homme) et lui demande :

-      Excusez-moi, vous êtes bien Joaquim Mélançon?

-      Oui, c’est bien moi J

-      Ah super, suivez-moi, nous  allons procéder à l’entrevue à l’instant.

L’entrevue se passe très bien, tellement bien que la dame décide de tout de suite l’engager. Joaquim doit donc lui donner ses papiers tels que son spécimen de chèque et sa carte d’assurance sociale.

-      Hakim: Mmm… je crois que vous allez être un petit peu surprise…

-      Geneviève: Ah bon : rire : vous avez un deuxième nom qui est étonnant? : Rire:

-      Hakim : on pourrait dire cela comme ça. : Rire :

Hakim lui tend ses documents et elle prend un petit moment pour les analyser.

-      Geneviève regarde le jeune homme avec un air interrogateur : Hmm, monsieur Joaquim, je ne comprends pas vraiment pourquoi est-ce que dans vos documents il est marqué Hakim Abdellah

-      Hakim : En effet, c’est mon vrai nom. J’ai décidé, quand j’ai vu qu’après des recherches d’emploi, et que je n’avais aucune réponse, de faire un test sur plusieurs compagnies. Que va-t-il se passer quand je vais envoyer deux CV qui contiennent les mêmes informations, mais avec seulement le nom qui change? Et voilà ce qui est arrivé. Vous m’avez appelé au nom de Mélançon et non d’Abdellah. Pouvez-vous m’expliquer le choix que vous avez fait?

-      Geneviève (fâchée et honteuse): Mais c’est incroyable. Comment avez-vous osé?! Sais-tu (changement de pronom) que tu peux être poursuivi pour avoir donné de fausses informations? Ou pire encore, pour vol d’identité?

-      Hakim : Je me questionne tout de même sur le fait que vous avez décidé de m’appeler sous mon faux nom au lieu du vrai…

-      Geneviève: Bien, la compagnie n’avait besoin que de 10 personnes, donc on trouvait inutile de d’appeler tout le monde puisqu’on avait trouvé les bons candidats. Tout cela ne change pas le fait que tu as commis un acte grave. Et que tu dois être puni pour cela.

-      Hakim : Bon, premièrement, j’ai envoyé mon CV avec mon vrai nom en premier, donc votre excuse ne peut être valable. Attendez un petit peu et écoutez ce que j’ai à vous dire et répondez à mes questions au lieu de vouloir me chasser de là. Et je comprends que vous vouliez choisir une personne qui vous ressemble pour représenter votre compagnie au lieu d’une étrangère, c’est quelque chose qui aurait pu être acceptable dans un passé lointain. De nos jours, la société est tellement diversifiée que nous ne remarquons même plus cette différence. Pourquoi continuez-vous madame à penser de cette manière? Pourquoi continuez-vous à faire ce tri sélectif? Pourquoi m’avoir jugé sans même m’avoir donné la chance de me montrer à vous?

-      Geneviève: Écoute jeune homme, je suis une personne respectable et je n’accepte pas le fait qu’on me parle de cette manière. J’ai fait ce choix parce que je ne voulais pas avoir de problèmes avec mes superviseurs. Ce sont des personnes qui n’aiment pas beaucoup quand nous sommes mélangés aux autres cultures. Ils ne veulent pas que vous preniez leur place et que vous laissiez les <vrais> habitants d’ici sans emploi.

-      Hakim : Mais alors, à quoi ça sert que nous fassions des études acharnées, que nous passions ces nuits blanches à étudier pour qu’au final on nous dise ce genre de choses? Vous m’avez bien vu. Nous venons de passer une entrevue ensemble et elle s’est tellement bien passée que vous étiez sur le point de m’engager.

-      Geneviève: C’est un sujet sur lequel je n’ai aucun contrôle puisque c’est mes superviseurs qui pensent de cette manière et moi-même je ne suis que leurs ordres. Effectivement, elle s’est très bien passée.

-      Hakim : C’est bien facile de mettre la faute sur les autres quand ils ne sont pas là. Pourquoi alors n’essayez-vous pas de les persuader que leur façon de penser n’est pas la bonne et qu’à long terme elle va finir par les nuire?

-      Geneviève: L’histoire qui vient de se passer vient de me montrer que tu n’as pas toutes les qualités requises. En effet, tu as été capable de me mentir tout le long de l’entrevue et même hier au téléphone tout en restant très à l’aise. Qu’est-ce qui me dit que tu ne vas pas utiliser une fois de plus tes capacités de bon acteur pour quelque chose de plus grave et qui, Elle, nuira vraiment à notre entreprise? Je vais te laisser partir sans appeler la police, mais ne tente plus jamais ce genre d’expérience. Car ça sera toujours TOI le perdant.

 

 

1ère place

La tête de l’emploi

Par Inès Lani

 PERSONNAGES :

Nom de l’immigrant : Bakhyt Alsanovich, Mustafin

Nom du responsable des ressources humaines : BOUCHARD, Martin

 

BAKHYT A. : Alors vous me refusez le poste ?

BOUCHARD : Effectivement. Je suis désolé des inconvénients que cela pourrait vous porter, mais nous avons déjà trouvé une personne pour prendre le poste de présentateur télé.

BAKHYT A. : Et pourquoi donc m’avez-vous rappelé, si comme vous dites, le poste est déjà pris ? N’est-ce pas improfessionnel ?                                                                                                                   

BOUCHARD : Écoutez, vous ne possédez de toutes façons pas les qualités requises pour effectuer ce genre de boulot. Vous n’avez pas les critères typiques d’un présentateur télé.

BAKHYT A. : Ah oui ? Mais le nom que j’ai utilisé pour soumettre ma candidature est typique, lui ?

BOUCHARD : Ah oui ! Le nom...Voyez-vous, ici au Canada, nous ne tolérons pas ce genre de choses. Comprenez qu’utiliser une fausse identité est punissable par la loi. Mais bon... c’est pardonné, il est courant chez les immigrants de faire ce genre d’erreurs : La plupart ne connaissent pas la politique canadienne et mélangent souvent les valeurs de leur pays avec les valeurs d’ici.

BAKHYT A. : Pardon ? Êtes-vous en train d’écarter le fait qu’en premier lieu, vous m’avez convoqué ici car mon nom illustrait bien un canadien d’origine ? Pourquoi ne m’avez-vous pas rappelé lorsque j’ai soumis ma candidature à mon véritable nom ?

BOUCHARD : Simplement, Monsieur Mustafin, vous m’aviez l’air, d’après votre nom, d’avoir un accent. Or, vous comprenez qu’il est un devoir pour quelqu’un qui travaille à la télévision de maîtriser parfaitement la langue française, de savoir articuler et bien formuler ses mots. D’ailleurs, lorsque vous devrez faire des reportages, vous devez vous présenter à nos téléspectateurs. Or, un nom comme le vôtre est difficile à comprendre et risquerait de mélanger les gens.

BAKHYT A.: Donc, ce que vous dites-là, c’est que j’avais les compétences inscrites sur ma candidature, en tant qu’humain ?

BOUCHARD : Oui.

BAKHYT A.: Alors vous êtes d’accord qu’une personne d’origine étrangère puisse autant être qualifiée qu’une personne d’origine canadienne ?

BOUCHARD : Hum… oui je suis d’accord.

BAKHYT A.: Mais vous avez quand même sélectionné ma candidature selon l’image que dégageait mon nom ?

BOUCHARD : Oui…

BAKHYT A.: Pourtant, je suis-là, devant vous, et ai-je vraiment un accent ? Suis-je physiquement bizarre ?

BOUCHARD : Non, voyons. Reste qu’il est quand même improfessionel de votre part d’avoir utilisé une fausse identité.

BAKHYT A.: Alors vous reconnaissez que je ne suis pas si diffèrent que ça? Je suis comme vous, un humain, qui en plus de cela, a les qualités nécessaires pour présenter à la télé. La seule chose qui vous a embêté lorsque vous avez étudié ma véritable candidature, c’était mon nom. Vous craignez l’origine de mon nom. Ça sonnait différent à vos oreilles. En effet, je ne suis pas d’ici. Je viens du Kazakhstan, M. BOUCHARD. La couleur y est un peu différente qu’ici. La confession religieuse aussi. Mais cela ne devrait pas être une raison valable pour votre racisme systémique.

BOUCHARD : Comprenez que vous êtes tout autant égal aux autres humains. Cependant, je dois vous avouer que physiquement, ça ne va pas. Notre audience a besoin de voir des personnes à nos ondes qui sont rassurants. Pas trop différents. Or, votre teint, vos cheveux frisés ainsi que votre regard... c’est un peu différent de ce qu’on a l’habitude de voir. La population a besoin de s’identifier. Nous ne voulant pas de quelqu’un qui diminuera notre cote d’écoute mais plutôt quelqu’un qui au contraire, la fera augmenté.

BAKHYT A. : Vous généralisez un peu trop. Qu’en faites-vous de vos spectateurs racisés ? Comme vous dites, ne devraient-ils pas eux aussi s’identifier à la personne qu’ils écoutent ? Au canada, il n’y a que 11% de minorités visibles. Au lieu de continuellement rabaisser ces communautés comme vous le faites, il faudrait leur laisser une chance. Leur sort ne s’améliore pas. De plus, tout ce que les médias font c’est les représenter négativement et ainsi véhiculer un message de haine. Si vous acceptez de laisser des personnes de cultures différentes occuper vos postes, en plus d’améliorer leur image, vous aurez une plus grande audience à vos ondes. Et qui dit plus grande audience, dit meilleure situation économique !

BOUCHARD : Ce que vous dites n’est pas faux. Les personnes racisées occupant un emploi dans le secteur des médias et communications se comptent sur les doigts de la main. En effet, les amener à travailler à la télé pourrait améliorer la situation économique de notre entreprise. Monsieur Alsanovich, vous semblez assez rusé et détenez en vous un savoir-faire remarquable qui sans doutes, va vous mener loin dans votre carrière. C’est ce qui m’amène à vous faire une proposition.

BAKHYT A. : Laquelle ?

BOUCHARD : Que dites-vous d’accepter ce poste ? Oublions toute cette histoire. Ce qui importe, c’est que vous rejoignez notre grande famille. Vous avez un don Monsieur Bakhyt Alsanovich et avez grandement réussit à me faire changer d’idée.

BAKHYT A. : Merveilleux ! Je suis ravi de vous voir changé, Monsieur BOUCHARD.

BOUCHARD : Alors, quand est-ce que vous pourriez commencer ?

BAKHYT A. : Pardon ?

BOUCHARD : Vous êtes des nôtres maintenant, non ?

BAKHYT A. : Vous me comprenez mal. Je suis totalement comblé que vous puissiez changer votre idée à propos de moi, mais sachez que je ne veux pas occuper ce poste. N’est-ce pas parce que je risquerais de vous amener une audience que vous ne déteniez pas auparavant ? Il serait malhonnête de ma part de dire oui. Je préfère travailler là où le racisme n’y est pas.

BOUCHARD : Non, Monsieur Bakhyt Alsanovich. Vous m’avez réellement changé !

BAKHYT A. : Eh bien !

 

 

La tête de l’emploi

Par Nabil Meddah et Georges Freije

 ANNIE. – Bonjour, ici ANNIE Lachance à l’appareil, directrice du service des ressources humaines pour la Banque Desforets, comment puis-je vous aider ?

AMIR. – Bon après-midi Mme Lachance, je vous appelle aujourd’hui pour essayer de comprendre ce qui cloche au juste avec moi, je n’arrive pas à comprendre.

ANNIE. –  Excusez-moi, je crois que je ne suis pas très certaine de vous suivre monsieur …

AMIR. – Appelez-moi simplement monsieur pour l’instant.

ANNIE. – Parfait d’abord... Donc quel est le prob…

AMIR. – Le problème est très simple Mme Lachance, il s’avère que je ne suis pas assez « québécois » à vos yeux pour travailler dans votre entreprise.

ANNIE. – Je suis vraiment désolée monsieur, mais je n’arrive toujours pas à comprendre ce que vous essayez de me dire.

AMIR. – Donc vous ne vous souvenez toujours pas de moi, incroyable !

ANNIE. – Non monsieur, pas à mon humble connaissance. Sommes-nous déjà croisés quelque part ?

AMIR. – Laissez-moi vous le rappeler, un certain AMIR Youssef, cela vous dit quelque chose maintenant ?

ANNIE. – Humm... Savez-vous combien de personnes nous recevons en entrevue ici, je ne peux me rappeler de chaque personne convoquée.

AMIR. – Ah bon, et combien en embauchez-vous parmi celles-ci ?

ANNIE. – Certaines sont sélectionnées, mais en quoi est-ce que cela a rapport avec ce que vous avez à me dire M. Youssef ?

AMIR. – Sélectionnées selon leur ethnie, c’est bien cela Mme Lachance ?

ANNIE. – Je ne vois absolument pas où vous voulez en venir M. Youssef. Chaque personne est égale à nos yeux, il n’est aucunement question de préférence liée à l’ethnie ou la race. Votre bagage dans votre C.V. détient aussi un rôle important dans la priorité de nos choix.

AMIR. – Ah bon ? Pourtant, sans vouloir me vanter, j’estime que j’ai un très bon bagage au niveau de mon C.V. mais je n’ai guère été convoqué en entrevue. Pouvez-vous m’expliquer ?

ANNIE. – Peut-être que tous les postes étaient comblés et que nous n’en avions pas à offrir à ce moment précis M. Youssef, nous ne sommes aucunement les responsables à blâmer durant ces périodes.

AMIR. – C’est bien drôle que vous mentionnez tout cela Mme Lachance puisqu’en fait, j’ai tout de même été convoqué en entrevue malgré ce « moment-ci » comme vous le dites.

ANNIE. – Pardon ? Je ne vous suis plus M. Youssef, vous venez tout juste de me dire le contraire.

AMIR. – Ohh c’est vrai, que suis-je bête parfois ! Je m’appelle bien AMIR Youssef, mais vous pouvez aussi m’appeler Jeremy Lefort, le nom auquel je me suis fait convoqué à votre fameuse entrevue. Vous vous souvenez de moi à présent ? Peut-on appeler cela un simple hasard ou une légère, je dis bien légère, préférence au niveau de la sélection de vos employés.  

ANNIE. – Désolée M. Lefo… Je veux dire M. Youssef, peut-être qu’il nous fallait combler certains postes durant la période d’admissibilité dans laquelle vous avez réappliquée. Cela arrive très fréquemment.

AMIR. – Je crois que vous ne m’avez toujours pas bien compris Mme Lachance. Je reprends. J’ai envoyé 2 C.V. au même moment et j’aimerais savoir à quoi est dû le fait que je me suis fait convoqué avec l’un mais pas l’autre, alors que pourtant, on retrouve exactement le même bagage au niveau de l’éducation. Est-ce que cela est dû au fait qu’il ne vous faut pas embaucher, pardonnez-moi de mon expression, un « esty » d’arabe dans votre entreprise ?

ANNIE. – Il n’est aucunement question d’arabe ou d’ethnie dans cette situation, nous avons peut-être examiné le C.V. de M. Lefort avant le vôtre, d’où le fait qu’on l’aurait convoqué en entrevue.

AMIR. – J’aime bien la manière dont vous utilisez le mot « peut-être » Mme Lachance, vous n’avez absolument pas l’air sûre de ce que vous me dites présentement. Dois-je encore vous rappelez encore une fois que dans les 2 cas, vous m’avez dit tantôt que le moment n’était « peut-être » pas opportun pour espérer de décrocher un poste. « Peut-être » qu’en fait, vous avez lu le nom d’un immigrant provenant d’une communauté maghrébine et que vous ayez, « peut-être », accidentellement jeter mon C.V. dans votre bac de récupération ?

ANNIE. – Bon, écoutez-moi bien M. Youssef, si vous n’avez rien d’autre à me dire mis au fait de porter ses accusations indignes à mon sujet, je crois que nous n’avons plus rien d’autre à se dire aujourd’hui.

AMIR. – Quelle chance, en fait j’ai quelque chose d’autre à vous dire. Une chose qui peut « peut-être » vous faire réaliser l’impact de certaines décisions. Je vous en prie Mme Lachance, je sais que vous êtes une bonne personne, laissez-moi juste vous raconter ma petite histoire.

ANNIE. – Je vous écoute M. Youssef, dépêchez-vous avant que je perde patience. N’essayez surtout pas de revenir sur le sujet sinon je coupe la conversation immédiatement.

AMIR. – Ne vous inquiétez pas pour cela Mme Lachance. Bon, mettez-vous simplement à ma place : je viens ici, au Canada, tout seul, sans ma famille et je suis contraint de devoir recommencer mes études universitaires étant donné que mon diplôme n’est pas reconnu ici. Laissez-moi vous dire que ce fut certainement les 3 années les plus dures et pénibles de ma vie. Mon rêve s’était transformé en cauchemar et mon bonheur éphémère en tristesse. J’étais venu ici dans le but de m’établir et de pouvoir ramener ma famille afin d’espérer vivre une meilleure vie, mais malheureusement c’est le scénario contraire qui se produisit. J’étais aux études à temps plein et je travaillais en même temps à temps partiel dans l’épicerie du coin afin de subvenir à mes besoins absolument tout seul. J’étais évidemment contraint de consentir à l’aide financière de prêt et bourse du gouvernement étant donné que mon emploi ne me permettait pas de payer toutes les factures. Dans mon pays au Maroc, si vous êtes dans le besoin ou dans la difficulté, vos voisins sont toujours présents pour vous aider à vous en affranchir. Ils ne laissent personnes tomber, c’est comme s’ils faisaient partie de votre propre famille. En tout cas, je m’étais dit que ce n’était pas si grave et que j’arriverai à m’affranchir de mes dettes une fois que j’aurai obtenu mon diplôme et trouver un travail. Cependant, me voici ici, en train de vous parler, vous qui vivez si confortablement sans le moindre stress lié à la vie. Et moi, endetter comme vous pouvez l’imaginer, ne sachant même pas si je parviendrais à tout rembourser vu les circonstances dans lequel je me trouve. Je n’aurai jamais pu douter qu’un pays comme le Canada, particulièrement une ville multiculturelle comme Montréal, que trouver un emploi pourrait être source de problème en raison de notre ethnie. Je vois pourtant si plein d’immigrants provenant de d’autres communautés vivant tous dans l’harmonie et la joie, sauf moi bien sûr. Qu’ai-je fait à Dieu pour mériter ce qui m’arrive présentement ? Je ne sais plus quoi faire Mme Lachance, j’ai déjà envoyé mon C.V. à une dizaine d’entreprises similaires à la vôtre, mais aucune réponse, absolument aucune. Je ne peux me permettre de rester travailler dans cette épicerie le reste de ma vie. À quoi donc m’aurait servi toutes ces années d’études ? Tous les médecins, professeurs et ingénieurs de religion musulmane se dévouent jours et nuits au Québec afin de faire rouler l’économie, qu’avez-vous à dire à ce sujet ? On est tous humains et nous sommes tous égaux, il n’y a pas une religion qui prime sur les autres. Montrez-moi un seul passage dans le coran, que vous vous imaginez sans doute, montrant le fait que nous prônons le sentiment de haine et agissons disgracieusement à l’égard d’autrui. Certes, moi j’en ai un provenant de mon prophète Mahomet : « Celui qui fait du mal à un Juif ou à un Chrétien trouvera en moi son adversaire au Jour du Jugement ».

ANNIE. – Je suis absolument navrée de ce que vous avez pu vivre jusqu’à présent M. Youssef, je compatie pour tout ce que vous avez éprouvé, mais je ne suis pas en mesure de faire quoi que ce soit présentement et ceci n’est pas lié à votre ethnie. Il n’y a aucune discrimination raciale avec ce que je m’apprête de vous dire. Il faut que vous sachiez que la vie ici n’est pas facile, mais qu’il faut continuer de persévérer, vous trouverez peut-être un jour, un poste dans une grande entreprise, mais ça ne sera certainement pas ici. Au revoir M. Youssef.

 

2e place

Le tête de l’emploi

Par Mohamad Oukar

 M. Mohammed Ahmed Hamza a envoyé 2 C.V. au service des ressources humaines d’une entreprise pour laquelle il aimerait travailler. Le 1er C.V. est à son vrai nom et l’autre est sous un faux nom, Marcel Olivier Barrette. Or, le service des ressources humaines le rappelle à son faux nom, mais pas à son vrai nom ; puis, suite à l’entrevue où il révèle sa véritable identité, il n’est pas engagé.

Dans un échange, M. Hamza confronte Mme Isabelle Paquette du service des ressources humaines :

Mohammed : Bonjour !  (Dit-il avec un accent d’origine franco-arabe)

Isabelle : Bonjour. Comment puis-je vous aider ?

Mohammed : Je m’appelle Mohammed Ahmed Hamza et j’aimerais poursuivre le cabinet d’avocats <<Benson & Pierce>> pour un procès de discrimination.

Isabelle : Pouvez-vous m’expliquer ce qui s’est passé ? (Dit-elle d’un ton ennuyé)

Mohammed : J’ai appliqué pour devenir un avocat à ce cabinet d’avocats et-

Isabelle : (en interrompant le client) Monsieur vous ne pouvez pas poursuivre un procès de discrimination simplement puisque vous ne vous êtes pas faite engagé pour travailler avec eux. <<Benson & Pierce>> est un cabinet d’avocat reconnu mondialement et ils engagent seulement les candidats avec des dossiers impeccables.

Mohammed : Mais j’ai un dossier impeccable, madame. J’ai gradué de l’université McGill en droit l’an passé avec les meilleurs résultats scolaires de toutes les étudiants de l’année. Depuis l’obtention de mon diplôme, j’ai passé un an à faire du bénévolat pour aider des citoyens qui n’ont pas les moyens financiers de se procurer un bon avocat. J’ai même reçu une médaille d’honneur du Maire de Montréal cette année pour mes actions altruistes et mes accomplissements académiques. De plus, j’ai réussi à avoir une entrevue au cabinet d’avocats <<Benson & Pierce>>, mais le problème est que-

Isabelle : (en l’interrompant, encore un fois) Si vous vous êtes faite convoqué en entrevue au cabinet d’avocats, pourquoi voulez-vous donc les poursuivre ? Il est évident que s’il y avait une présence de vraie discrimination, le cabinet ne vous aurez jamais appelé pour une entrevue. Votre plainte me semble invalidée Monsieur Hamza.

Mohammed : Madame Paquet, s’il vous plaît prenez le temps de m’entendre. J’ai appliqué deux fois ; une fois avec mon vrai nom, et une fois sous le nom de Marcel Olivier Barrette. Malgré le fait que les deux C.V. avaient le même contenu, seulement celui sous le nom de Marcel a été rappelé. Lorsque je me suis présenté à l’entrevue, j’ai révélé mon vrai nom. Ensuite, je n’ai pas été engagé.

Isabelle : Votre plainte me semble toujours injustifiée, monsieur. Il y a plusieurs raisons valables pour lequel ceci aurait pu arriver. D’abord, il est possible que votre C.V. avec votre vrai nom a simplement été perdu, donc ils ont dû appeler celui sous le faux nom pour vous rejoindre. Ensuite, il est aussi possible que le gérant a décidé d’embaucher quelqu’un avec un diplôme plus reconnu et avec plus d’expérience de travail. En addition, peut-être que le gérant a été moins incliné de vous embaucher puisque vous avez appliqué sous un faux nom, ce qui met en question vos aptitudes de travail. (Dit-elle d’un ton moqueur)

Mohammed : Cela n’est pas possible, car en premier lieu, lorsque je suis allé à mon entrevue, j’ai vu mon C.V. original posé sur le bureau de la réceptionniste, et en deuxième lieu, la personne qui a été embauchée était dans ma classe à McGill. Nous avons gradué en même temps, sauf qu’il n’a acquiert aucune expérience depuis qu’il a gradué, et sa moyenne ponctuelle était de 2.8/4.0, tandis que la mienne était de 4.0/4.0.

Isabelle : Je comprends, monsieur mais vous n’avez pas assez de motif, de preuve ou de raisonnement pour être en mesure de poursuivre un procès de discrimination contre ce cabinet d’avocats. Je m’excuse mais on ne peut rien vous faire ici. (Explique-t-elle avec un registre complètement désintéressée) Suivant ! (Crie-t-elle pour appeler le prochain client)

 

Le lendemain, Mohammed revient au service de ressources humaines pour confronter encore une fois Madame Isabelle paquette. Par contre, cette fois il porte une perruque aux cheveux blonds, des lunettes de soleil, et s’exprime avec un accent d’origine québécois, pour camoufler son identité :

Mohammed : Salut !

Isabelle : (Sans reconnaître Mohammed) Bonjour. Comment puis-je vous aider ?

Mohammed : J’m’appelle Marcel Olivier Barrette et j’aimerais poursuivre le cabinet d’avocats <<Benson & Pierce>> pour un procès d’discrimination.

Isabelle : Oh non ! Pouvez-vous m’expliquer ce qui s’est passé ? (Dit-elle d’un ton emphatique)

Mohammed : J’ai appliqué pour devenir un avocat à ce cabinet d’avocats et ils ne m’ont pas engagé. J’ai appliqué deux fois ; une fois avec mon vrai nom, et une fois sous le nom anglais de Ricky Benson. Malgré le fait que les deux C.V. avaient le même contenu, seulement celui sous le nom anglais de Ricky a été convoqué en entrevue. Lorsque je me suis présenté à l’entrevue, j’ai révélé mon vrai nom. Ensuite, je n’ai pas été engagé.

Isabelle : Ce que vous avez vécu est complètement inacceptable, Monsieur Barrette ! Cette forme de discrimination n’est pas tolérée dans notre pays et non allons faire tout ce que nous pouvons pour vous rendre justice ! (S’exclame-t-elle de manière furieuse)

Mohammed : (En enlevant sa perruque, ses lunettes de soleil, et en arrêtant de s’exprimé dans un accent québécois) Ah oui ? Ma plainte ne vous semble-t-elle pas injustifiée ?

Isabelle : (En reconnaissant Mohammed, elle a un regard choqué et elle reste en silence)

Mohammed : (Reste en silence aussi)

Isabelle : Suivant !

 

 

S’affirmer ou se fondre

Par Mathieu Deschênes

 Le premier individu est M. Pascal Benseghier, il est d’origine marocaine et il a adopté la culture québécoise sans contredit. Il est arrivé au Québec depuis 3 ans. Le deuxième individu est M. Harchi, également d’origine marocaine. Il est arrivé au Québec depuis déjà 6 ans, il tient mordicus à ses coutumes, son accent et surtout son nom. Les deux sont des collègues de travail et discutent lors d’un 5 à 7 sur leur adaptation cela commence avec une question de M. Harchi qui se demande pourquoi M. Benseghier a changé son nom.

 M. Benseghier : J’ai préféré changer mon prénom, d’abord et avant tout, pour m’éviter les complications que pourrait m’apporter un prénom arabe dans ma vie.

 M. Harchi : Autrement dit, tu as renoncé à ton identité par peur des problèmes qu’elles pourraient t’apporter ? Jamais personne ne réussira à me mettre de la pression pour faire changer mon prénom.

 M. Benseghier : Non ce n’est pas tout à fait cela. Je n’ai pas renoncé à mon identité, je l’ai simplement changé, comme nous avons tous les deux changés de pays. Nous avons le devoir de nous adaptés à la communauté qui nous accueille. Ce que je veux dire c’est que c’est comme un nouveau départ pour moi puisque c’est un nouveau pays. Donc, c’est pour cela qu’il est aussi important d’adopter la culture de ce pays, sans quoi je ne m’intègrerai jamais réellement. D’ailleurs, je le vois les gens d’ici me parlent comme si j’étais l’un des leurs.

 M. Harchi : Si on m’avait dit que changé de pays impliquait aussi de changer de prénom je n’aurais jamais quitté mon Maroc. Es-tu conscient que ce que tu me dis là revient à dire que c’est de l’assimilation ? Je ne veux pas me mettre à genou pour qu’on me respecte ici. Les gens vont me respecter comme je suis et c’est fondamental selon moi.

 M. Benseghier: Tu fais erreur selon moi, il ne s’agit pas de se mettre à genou, mais de s’intéresser aux autres cultures et d’accepter certaines valeurs qui n’étaient pas nécessairement les miennes auparavant.

 M. Harchi : et en quoi cela implique de travailler sur son accent et de changer de prénom ? Nous venons de la même région et notre accent n’est pas le même… Tu désirais vraiment t’intégrer à tout prix, non ? Et que fais tu des valeurs que tes parents t’ont transmises ? Je ne crois pas que les valeurs québécoises sont meilleurs que les notre. Regarde comment il enferme leurs ainés dans des tours à condo. Je ne ferai jamais cela à mes parents, ne me dis pas que tu acceptes ça.

 M. Benseghier : C’est vrai que j’avais vraiment peur de ne pas me sentir accepter et de ne pas être considéré comme un « vrai » québécois. Je respecte les valeurs de mes parents, mais il en existe d’autres qui sont toutes aussi valables. Non bien-sûr je n’accepte pas cela, la famille devrait être plus importante aux yeux des québécois. Comprends-moi bien, je choisi certaines valeurs. Tu vois, aujourd’hui, je gagne bien ma vie et j’ai des bons amis et je ne crois pas que j’aurais autant réussi si j’avais décidé de garder toutes mes valeurs. Je ne te cacherai pas que je ne pratique plus le ramadan depuis que je suis arrivé ici et ma femme ne porte plus le voile car ça contribueraient à nous mettre en marge de la société.

 M. Harchi. : Je comprends ton point sur certaines valeurs que tu peux adopter et d’autres non, cependant, la religion est beaucoup trop importante à mes yeux pour que j’y renonce, même si je me fais parfois regarder bizarrement. Renoncer à sa religion est pire que renoncer à son prénom. Mais surtout, ce que je ne comprends pas c’est que je gagne ma vie presque aussi bien que toi et je n’ai pas eu à faire tout ce que tu as fait. J’ai moi aussi des amis, un bon travail, ma famille est heureuse.

 M Benseghier : Je pratique toujours ma religion, mais j’ai simplement arrêter certaines pratiques pour éviter que le fossé se creuse entre moi et les québécois. Je te crois, c’est vrai que tu as réussi et c’est pour cela qu’il m’arrive de me demander si j’ai bien fait de changer de prénom et de m’être adapté si rapidement au Québec, mais tu sembles avoir travaillé plus fort que moi pour y être arrivé.

 M. Harchi : Je respecte ton choix de ne plus pratiquer certaines fêtes même si je ne suis pas d’accord avec cela. C’est vrai j’ai dû travailler très fort pour me sentir un peu chez moi au Québec, une chance que d’autres marocains m’ont aidé. Vois-tu, la raison pour laquelle je n’ai pas adopté la culture québécoise comme toi c’est que selon moi, l’important c’est de rester qui je suis et si je m’adapte trop, j’ai peur de ne plus me reconnaitre et de perdre mes repères.

 M. Benseghier : Je comprends c’est très déboussolant de renoncer en partie à sa culture pour en adopter une autre, mais je me suis dit que c’était la dernière étape de mon immigration et qu’ensuite je serai plus heureux avec les Québécois que si je ne l’avais pas fait.

 M. Harchi :  Je comprends, en ce sens tu as surement raison, tu as surement plus d’affinités avec eux que moi j’en ai, mais j’ai surement tisser des liens plus forts avec la communauté marocaine québécoise que toi.

 M. Benseghier, : Probablement et c’est correct l’important c’est de sentir chez nous au Québec autant que lorsque nous étions au Maroc.

 

 

Injustement jugé

Par Jean-Philippe Bernard                                    

M.Bishma : Oui bonjour M.Rouillard, j’ai demandé une rencontre avec vous afin de discuter du pourquoi vous m’avez rappelé à mon faux nom et non à mon vrai nom afin d’avoir un entrevue, et qu’en plus, lorsque je suis arrivé devant vous, vous m’avez tout de suite rayé de votre liste de candidat pour l’emploi.

M.Rouillard : Eh bien M.Bishma, il y aurait plusieurs excuses que je pourrais aborder pour vous expliquer la raison. Mais avec vous, j’ai décidé de ne pas mentir et d’être franc afin d’éviter de perdre mon temps précieux… Ma seule et unique excuse c’est que j’ai de la misère avec les gens comme vous, qui débarquent comme cela dans notre si beau pays qui est le Canada et que vous prenez tous nos emplois sans aucun remords. Dans mon cas, j’ai la chance de choisir des personnes de mon pays et non des immigrants, et quand j’ai le choix ou que j’hésite entre deux personnes, je choisis bel et bien du côté de ma nation.

M.Bishma : Vous ne trouvez pas cela insensé? Les personnes ne devraient-elles pas avoir des droits égaux? Parce que si nous partons à étiqueter les gens, nous n’arrêterons jamais le racisme et si celui-ci continue toujours, il y aura des injustices pour les années à venir. Si je prenais comme exemple votre fils, imaginez qu’il soit dans une équipe de hockey et qu’il ne joue jamais même s’il est talentueux. Vous allez être le premier à aller voir le coach pour savoir pourquoi il joue moins que les autres et c’est pour ça que je suis venu ici. Parce que je veux défendre mes droits, car toute personne devrait avoir les mêmes droits qu’autrui. Quel que soit sa couleur, sa culture ou même son handicap, nous devrions avoir tous les mêmes chances de réussir dans la vie et cela commence ici car si personne met son poing sur la table, qui le fera?

M.Rouillard : Je ne peux pas vous permettre d’avoir l’emploi, car être conseiller financier nécessite des contacts humains avec la clientèle. Avoir une personne noire donnerait peut-être des opinions négatives sur ma compagnie, et tout ce qui induit la perception de la clientèle du côté négatif, je dois le prévenir, et dans votre cas, c’est votre peau!

M.Bishma : Je n’en reviens tout simplement pas! Voilà justement ce que je tente d’éviter à mes enfants. Je ne veux absolument pas qu’ils pensent qu’ils sont violets, jaunes, oranges, toutes les couleurs que tu veux. Je ne veux pas que cette couleur puisse décider à leur place si oui ou non ils ont un avenir ou encore s’ils ont le droit de se faire intimider ou descendre par les autres jeunes. Je ne veux pas qu’ils pensent que c’est NORMAL de se faire traiter de toutes sortes de noms à cause qu’ils ont une certaine couleur. Je veux seulement que tous soient égaux, et pour que tous soient heureux, nous devrons changer notre perception et cela part de la jeunesse.

Se fondre ou s’affirmer

Par Isabelle Sibbald

 William Gauthier est d’origine autochtone et est un comptable dévoué à son travail. Il est souvent accablé par ses heures supplémentaires et par ses clients exigeants.

M. Gauthier se rend chez sa famille, à Manawan, afin de se regrouper en famille. Il n’y a pas d’évènement particulier, mais il a été invité à faire une visite lors d’un souper. Ça fait déjà quelques mois qu’il n’a pas vu sa famille, alors il décide d’y aller.

Arrivé à Manawan, dans sa maison d’enfance. Il est habillé d’un complet et il porte une mallette qu’il a ramenée du travail.

Sa mère : Mon fils ! Ça fait déjà longtemps qu’on t’a pas vu. Viens donc saluer les autres. Ton cousin est là. Tu sais, Félix Papatie ? Vous alliez souvent pêcher ensemble l’été et durant les vacances d’hiver. Vous étiez inséparable lorsqu’il devait partir chez ses parents, une crise à chaque fois.

La mère conduit William au salon et retourne à la cuisine.

Félix : Hey Will, dis donc, on se voit jamais depuis que tu es parti à la ville. Ça doit être passionnant là-bas.

William : Oui, je suis très occupé.

Un silence…

William : Ça sent bon, qu’est-ce que ma mère fait ?

Félix : Un repas qu’elle fait souvent quand on se regroupe. Tu sais, le fameux lapin ?

William : Ah… ça ne change jamais ici. Ça fait changement de la ville. Je n’ai jamais les mêmes demandes de client. Par contre, ce qui ne change pas, ce sont mes matins d’enfer. Réveille difficile, un petit bol de céréales et vite dans le prochain bus.

Félix : Tu sembles anxieux. Et… différent.

William : En effet. Ça fait longtemps que j’ai fini l’étude. Pendant que je les faisais, j’essayais toujours de me dépasser en langue française. Tu sais, notre accent n’aide pas à se faire embaucher … J’ai aussi remarqué que je n’avais pas du tout de valeur commune avec eux, mais j’ai su les apprendre et, maintenant, je les préfère. Les « Blancs » ne sont pas comme nos parents nous disaient plus jeunes, tu sais. Oui, ils sont bavards et parlent parfois pour ne rien dire. Mais lorsque l’on s’y habitue, c’est même plus facile de communiquer.

Félix : Mais tu veux dire quoi, Will… ?

William : Je dis simplement que de s’adapter à ces coutumes est un réel défi. Mais, pour avoir accès à des bons postes et être respecté, c’est un gros plus. Crois-moi, j’ai fait des sacrifices. J’ai changé de nom de famille. Aussi, …

Félix : Tu me dis quoi là ?! Nom de famille ! Mais tu exagères, c’est quoi ça ? C’est comme si t’étais plus mon cousin, mon frère. Tu as changé tes valeurs, tes normes, tout ça pour quoi ? Suer sur une chaise de bureau toute une journée en tant que comptable, en gâchant ta vie. J’espère que l’argent vaut la peine de faire ces « sacrifices », pour encourager l’économie de nos colonisateurs !

William : Je te l’ai déjà dit. Ce n’est pas ce que nous pensions. Je ne pouvais pas garder ce nom. J’avais essayé de me faire embaucher, à ce même poste que je suis, et le boss supposait que j’allais toujours arriver en retard à moitié ivre. Après avoir changé de nom, il n’a pas eu vraiment le choix, il m’a accepté et ne l’a pas regretté. Je ne pensais pas aller si loin. Au départ, je voulais simplement suivre ce que ma mère m’avait dit : « Utilise l’arme des Blancs contre eux-mêmes. Va t’éduquer en ville et tu pourras ensuite parler en nos noms, et le monde t’écoutera. » Mais je n’aimais pas ça, Félix. Et, pour être sincère, je ne suis pas tant attachée à notre culture d’origine… Je n’ai pas l’intention de me reconnecter avec elle. Tu devrais, toi aussi, essayer de te retrouver dans une autre culture…

Félix : Dis-moi pas ça. Je t’ai pas demandé ce que je devrais faire ou non. Tu sonnes vraiment comme eux, maintenant.

Un silence…

Félix : J’admets que des fois c’est difficile de travailler avec ces gens, qui n’ont pas du tout la même culture que nous, alors que nous vivons sur le même territoire. Ce qu’ils ne réalisent pas, d’ailleurs. On parle pas de la même manière, on n’a pas les mêmes codes de politesse, pis, en plus, les boss pensent souvent qu’on n’fait pas d’effort pour la job. Ça m’enrage chaque fois. Je fais le travail que les Blancs veulent pas, et, en retour, j’ai rien sauf des critiques dégradantes. Mais, au moins, j’ai gardé mon esprit. Je garde ma culture respectable. J’ai su me conserver.

Un silence…

Félix : Le monde réalise pas en plus qu’on se fait encore coloniser par ce gouvernement. Pour vrai, réveillez-vous. Ils ne trouvent pas la source du problème. Pourquoi on est comme ci, comme ça, d’où viennent les stéréotypes qui nous caractérisent. La Loi sur les « Indiens », même dans le titre il y a une erreur. C’est illégal pour nous de payer les impôts. Oui, pratique. Mais si on veut, il arrive quoi ? La ville pense qu’on est choyé. Ridicule, ils ne connaissent que les bons côtés de cette loi.

William : Ok… parlons d’autre chose. La chasse était bonne ces derniers temps?

La soirée continua… et le lendemain, William repart tôt le matin à la ville pour travailler.

 

 

2e place

S’affirmer ou se fondre

Par Eve Sasseville et Catherine Venne

 Il y a deux ans, deux bons amis de Shanghai décidèrent de déménager ensemble à Montréal. Depuis ce temps, ils se rencontrèrent à tous les mois dans le quartier chinois pour continuer à maintenir le contact. Le-Than Khi-Pass appela donc son ami Chon Chi pour l’inviter à sortir en ville ce soir-là. En arrivant sur les lieux, Le-Than Khi-Pass ne reconnut plus son ami.

 Le-Than Khi-Pass : Gǎo shénme guǐ? (Que se passe-t-il?)

Chon Chi : Tu ne me reconnais pas? J’ai décidé de changer un peu mon style en rasant ma barbe de Sensei et d’adopter un look plus moderne. Maintenant que je n’habite plus en Chine, je ne ressens plus le besoin de porter les habits traditionnels.

Le-Than Khi-Pass : C’est ton choix, moi je ressens encore mon identité chinoise et donc, c’est pourquoi je décide de continuer à porter mes habits. Alors Chon, tu as envie d’aller manger à quel restaurant?

Chon Chi : Ah! Depuis quelque temps j’ai décidé de changer de prénom pour qu’il paraisse plus local, donc appelle-moi Georges s’il te plaît.

Le-Than Khi-Pass : Mais pourquoi un tel changement?

Georges : Je voulais me fondre plus dans la masse, les gens avaient de la difficulté à prononcer correctement mon nom et j’ai remarqué que les employeurs avaient une certaine crainte à mon égard.

Le-Than Khi-Pass : Je ne comprends pas pourquoi tu tiens tant à te fondre dans la masse. J’ai l’impression que changer ton nom et tes habits font en sorte que tu trahis tes origines. Au contraire tu devrais en être fier. Pour ma part, je vis aussi les mêmes difficultés, mais tout ceci n’est pas de bonnes raisons pour oublier d’où l’on vient.

Georges : Tu veux continuer cette discussion dans la rue ou dans un restaurant?

Le-Than Khi-Pass : Va-t-on manger au Fu Lam comme d’habitude Georges?

Georges : Il me semble que j’ai le goût d’une bonne grosse poutine…

Le-Than Khi-Pass : Mais qu’est-ce qu’une poutine? Depuis quand mange tu cela?

Georges : Une poutine est un mets traditionnel québécois composé de frite, fromage en grains et d’une sauce brune. J’ai goûté à ce mets grâce à mes collègues de travail qui m’ont amené dans une Belle Province après un de mes quarts de travail.

Le-Than Khi-Pass : Si je comprends bien, tu t’es fait des amis Montréalais? Moi je préfère me tenir avec les gens de ma communauté. J’ai l’impression que les habitants d’ici me mettent de la pression pour changer mes traditions, c’est pour cela que je tente de rester en contact avec les Asiatiques du quartier. Je ne voudrais pas changer pour plaire aux gens. Je me sens bien tel que je suis.

Georges : Pour moi, le fait de changer mes vêtements et mon alimentation ne change pas ma personne. Ce n’est qu’une façade pour éviter le jugement. Pour changer de sujet, as-tu rencontré une fille?

Le-Than Khi-Pass : Oui, en allant au dépanneur du coin, j’ai rencontré Samao Nguyen que j’avais déjà entrevu au Centre Bouddhiste Manjushri. Moins de deux semaines après notre première rencontre, je suis allé dans sa famille demandée sa main à son père.

Georges : Tabarouette, si rapidement?

Le-Than Khi-Pass : Ce n’est pourtant pas étonnant, je suis la tradition familiale.

Georges : S’engager si tôt t’empêche de profiter de ta jeunesse. Je préfère explorer tous les horizons qui me sont offerts.

Le-Than Khi-Pass : En faisant cela, tu n’as pas peur de ne pas avoir de descendance? La famille est une chose si importante depuis toujours…

Georges : Tu sais, la tradition n’est pas si importante que cela. L’important est de vivre sa vie puisque l’on n’en a qu’une à vivre. Il faut arrêter de se fixer des limites et de suivre toutes les règles à la lettre.

Le-Than Khi-Pass : Tu n’as pas peur de ne pas pouvoir atteindre le nirvana?

Georges : J’ai toujours eu des doutes quant à son existence. Quand l’on connaît plus d’une religion, il est difficile de croire en une seule chose.

Le-Than Khi-Pass : C’est malheureux de penser cela, le karma risque de te rattraper.

Georges : Je commence à voir faim, on pourrait continuer cela à table!

En conclusion, les deux amis choisirent d’aller dans un buffet où tous seraient contents.

 

 

S’affirmer ou se fondre

Par Chloé Lacombe

 Deux jeunes amies arabes se rencontrent dans un café pour discuter de la vie qu’elles mènent depuis qu’elles ont emménagé à Montréal l’année dernière. C’est l’été, Ana porte des shorts assez courts et une camisole qui en dévoile beaucoup. Élie porte ses vêtements traditionnels et le voile.

Ana : Chérie ! Comment vas-tu ? Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vues !

Élie : Salut ma belle amie ! Tu as beaucoup changé !

Ana : Oui, je me suis faite des amies québécoises qui m’ont montré comment leur ressembler. Elles sont venues magasiner avec moi, elles m’ont aidé à changer de style vestimentaire et elles m’ont montré des expressions québécoises avec l’accent que je travaille pour que je puisse mieux m’intégrer avec les jeunes d’ici ! Ça fonctionne super bien, les gens sont beaucoup plus gentils et sociables avec moi depuis que je leur ressemble plus !

Élie : Mais regarde toi ! Tu t’habilles avec des guenilles et tu penses que ça fait de toi une jolie québécoise qui se fond dans la masse ?

Ana : Oui absolument ! Je n’avais pas beaucoup d’amis avant, c’était important pour moi d’avoir une apparence qui ne ferait pas fuir les gens, je ne voulais plus que les gens me pointent du doigt dans la rue en disant que j’étais drôlement habillée, que je ne leur ressemblais pas. C’est pour ça que j’ai changé.

Élie : Tout ça me choque beaucoup, je croyais que tu tenais à ta culture d’origine!

Ana : Oui j’y tiens ! C’est seulement que je m’adapte à la culture dans laquelle je vis aujourd’hui ! Ça ne te dérange pas, toi, que les gens te regardent et te traite différemment ?

 Élie : Non, pas du tout ! Car la vérité c’est que je ne suis pas comme ces gens ! Je ne veux pas laisser mes vêtements traditionnels et porter des vêtements comme les tiens, c’est totalement irrespectueux de notre culture ! Moi, je suis très bien avec mon voile, je sens que je demeure fidèle à mes origines, même si je ne vis plus dans mon pays. C’est toi, qui essaye de tout changer pour plaire ici, que je ne comprends pas ! Malgré que j’éprouve parfois des difficultés à me faire comprendre ou à obtenir des choses, ce serait un rejet complet de mon identité que de changer pour plaire ici !

 Ana : Mais voyons Élie ! La vie ici est loin d’être ce qu’elle était là-bas ! Il faut s’adapter, changer si on veut pouvoir s’intégrer ! On vit dans un monde totalement différent ! Ici, on s’habille en petits shorts l’été, on socialise avec des inconnus quand on sort dans les bars et c’est ça qui est normal ! Moi, je souhaitais avant tout m’intégrer dans la nouvelle société à laquelle j’appartiens, alors ça implique de laisser tomber une partie de mon ancienne culture, mais j’apprends énormément sur celle d’ici, alors je ne me considère aucunement perdante ! Je pense plutôt que c’est toi, qui est si fermée d’esprit, qui est perdante en tant qu’immigrante ! On leur demande de faire des efforts pour comprendre nos pratiques alors il faut faire des efforts en retour nous aussi pour comprendre les leurs ! Je cuisine encore des plats arabes et je crois toujours aux croyances que ma famille avait, je les partage avec mes nouvelles amies et elles apprécient ! Je me force pour discuter avec eux, pour comprendre leurs pratiques, eux aussi en ont ! Ils cuisinent des plats traditionnels, fêtent des choses qui nous sont inconnues ! Fais un effort pour t’intégrer, au lieu de simplement vivre en marge de la société dans ta zone de confort !

Élie : Je ne suis pas capable ! Je ne peux pas renier ma nature première, je ne suis pas à l’aise de rencontrer des gens qui ne partagent pas mon expérience de vie et qui ne comprendraient pas mes habitudes ! Je ne veux pas abandonner ma culture, c’est tout ce qu’il me reste ! Je défends qu’ils devraient nous accepter tels que nous sommes, avec nos vêtements, nos pratiques et nos croyances, et qu’on ne devrait pas être obligés de changer pour être comme eux. C’est bien qu’on soit tous différents !

Ana : Justement, c’est bien qu’on soit tous différents en autant qu’on fait tous un pas dans la direction de l’Autre pour le comprendre et pour vivre en harmonie avec les caractéristiques de chacun ! Si tout le monde partage ses connaissances, nous serions tous plus riches et plus tolérants ! Tu ne crois pas ?

Élie : Oui je comprends, mais je ne suis tout simplement pas en mesure de me renier en changeant pour m’intégrer Ana.

Ana : Je peux te présenter mes amies ! Elles en savent déjà un peu sur nos pratiques et elles sont très gentilles !

Élie : Ok, je veux bien essayer. Mais je ne veux pas changer d’apparence pour autant!

 

 

S’affirmer ou se fondre

Par Ann-Philip Dusseck-Dorlette

Mise en situation: Julio Castellas a immigré au Canada avec sa soeur Esperanza du Brésil.Esperanza a 17 ans et Julio a 19 ans.

Esperanza: Julio, j’ai rencontré Émile en travaillant au restaurant «La Belle Province». Il est merveilleux. Il m’a fait goûter à la poutine et m’a raconté l’histoire derrière les référendums de 1980 et 1995. Je l’aime bien.

Julio: Esperanza, j’espère que tu ne l’apprécie seulement en tant que collègue et pas plus.

E: Pourquoi ça te dérangerait? Il est très gentil avec moi et ça fait 6 mois que je le connais. Il m’a toujours respecté. Je l’aime plus qu’un collègue.

J: Non, tu ne peux pas. Il faut rester avec les personnes de notre communauté. On doit se marier entre nous les Brésiliens. Tu peux seulement sortir avec un gars de la même race que nous.

E: Arrête! J’ai le droit d’aimer et de marier qui je veux. Ici, il n’y a pas de mariage arrangé donc, je ne suis pas obligée de marier un Brésilien. J’ai la liberté d’aimer n’importe quel individu.

J: Moi je te dis que je ne veux pas. Pense à notre famille au Brésil et comment ils vont réagir. Cela serait une trahison. Bon assez! Pour changer de sujet, on a reçu une lettre venant du gouvernement destinée à Madame Christine Castellas. Ils se sont trompé de famille!

E: Non. C’est moi. J’ai changé mon nom pour une meilleure prononciation afin de garder sa signification.

J: De plus, tu ne prononces plus les «r» comme une vraie Brésilienne. Tu te crois une des leurs maintenant!Tu as trahi ta race. Tu ne veux pas représenter le Brésil, ton pays d’origine là où ta tendre enfance s’est passée.

E: Donc, tu préfères avoir de la difficulté à t’intégrer ainsi que de ne pas obtenir les mêmes droits que les citoyens de cette nation. Tu préfères avoir de la difficulté à trouver un travail. Tu préfères rester dans la petite communauté brésilienne qu’il y a ici. Ta vie va être dure.

J: La culture et la fierté brésilienne brûle en moi plus que jamais. Là-bas, on avait de très bonnes valeurs comme celle de la famille. Au Brésil, on vit avec ses grands-parents, tantes, oncles et cousins. Tandis qu’ici, ils déplacent leurs grands-parents pour les mettre dans des maisons de retraite. Cela ne me dérange point que mon intégration prenne du temps à se faire. Je resterai toujours un Brésilien.

E: Moi aussi je resterai toujours une Brésilienne, mais tu ne comprends pas cela. J’en ai assez! Je ne veux plus en parler.