La dissertation philosophique : il s'agit d'être logique de bout en bout

Ce travail est tout simplement un texte argumentatif plus élaboré, qu'on introduit et conclut de la même manière que ce dernier. Votre professeur, s'il en est fervent partisan ou s'il voit que cela convient mieux à votre tempérament ou au sujet, vous le fera surtout exécuter dans votre deuxième ou troisième cours. La dissertation est l'occasion de perfectionner votre habileté à argumenter en vous proposant un point de départ plus complexe.

Dans le texte argumentatif, vous ne considériez au plus que deux positions : la vôtre, à la défense de laquelle vous vous employiez avant tout, et l'embryon d'une autre, sous la forme d'au moins une objection à votre position. La dissertation dite «philosophique» vous impose au départ d'en examiner deux, qu'on appelle la thèse et l'antithèse, face auxquelles on vous demande de vous situer, ce qui donne une troisième position, la vôtre. En général, la première position (la thèse) est celle d'un auteur ou d'une doctrine donnés, sur un sujet donné, que votre professeur précise dans ses directives; l'antithèse, c'est une position contraire ou différente sur ce même sujet. Quant à votre position, elle devrait apparaître dans ce qu'on appelle la synthèse.

En rédigeant une dissertation philosophique, vous savez donc dès le départ que son développement comportera trois parties, de plusieurs paragraphes chacune: une première où vous résumez la thèse et ses arguments à propos du sujet traité; la seconde où vous présentez l'antithèse et ses arguments; et la troisième, plus élaborée car vous y discutez les deux points de vue précédents, de manière à prendre finalement position.

Vous avez le choix entre deux grandes formes de dissertation selon que, tout bien réfléchi, vous êtes nettement favorable à l'une des positions en présence ou qu'au contraire, l'une et l'autre vous laissent en partie insatisfait. La première découle tout naturellement du texte argumentatif : elle vous demande de présenter deux positions opposées et d'opter en faveur de l'une contre l'autre. La seconde, classique, vous demande de réconcilier deux positions plus ou moins opposées. Dans la première forme, voyez-vous comme un juge qui tranche tout en faisant preuve d'impartialité ; dans la seconde, voyez-vous plutôt comme un négociateur qui trouve une solution acceptable aux deux parties en présence. Vous avez tout compris : dans les deux cas, il faudra non seulement trouver des arguments, mais des arguments nuancés. Dans le texte argumentatif, vous travailliez à la hache, ici, vous faites dans le patinage de fantaisie. Mais logiquement.

Comment présenter la thèse et l'antithèse ?

Avec la pratique, on apprend à présenter thèse et antithèse de manière à ce qu'elles se répondent l'une à l'autre, soit qu'elles s'opposent directement, soit qu'elles divergent sans nécessairement être contradictoires. Attachez-vous à faire ressortir les oppositions, différences ou ressemblances qui vous seront utiles pour la suite.

Assurez-vous de votre mieux que des positions que vous croyez contraires le sont effectivement et que les différences qui distinguent des positions comparables ne camouflent pas une opposition plus profonde. Bref, efforcez-vous de bien comprendre les positions en présence!

La synthèse

Évidemment, la synthèse représente le principal défi de la dissertation. Le problème ne se présente pas de la même manière selon la forme de la dissertation où vous vous trouvez engagé.

1) Vous êtes un juge : pesez le pour et le contre et tranchez

La principale difficulté est de justifier votre option en faveur d'une position contre l'autre sur la base de vos propres arguments originaux. Vous ne pouvez pas réduire votre synthèse à: «Je suis d'accord avec la thèse (ou l'antithèse) pour les mêmes raisons que son auteur, et donc je suis contre l'antithèse (ou la thèse)». Comment faire? Vous terminerez la présentation de la thèse et de l'antithèse en résumant le mieux possible l'enjeu de la dispute selon vous (un paragraphe), enjeu face auquel vous avez sans doute un avis: c'est votre balance, en quelque sorte, qui se précisera si vous «pesez le pour et le contre», comme on dit. Pour ce faire, identifiez et démontrez les avantages et désavantages selon vous de chacune des positions (de deux à quatre paragraphes). Si vous avez du mal à discerner avantages ou désavantages, essayez d'imaginer les conséquences concrètes de chacune des positions dans diverses situations pertinentes. Ou essayez de voir en quoi chacune a raison et chacune a tort. Finalement, vous appréciez dans un dernier paragraphe le résultat de votre «pesée» et vous tranchez en faveur de la position la plus avantageuse, la plus juste et pertinente à vos yeux. Votre position, ici, est une synthèse dans la mesure où elle place deux positions opposées sur une même balance: c'est votre balance et on s'attend à ce qu'elle s'élève au-dessus de la mêlée.

2) Vous êtes un négociateur : à vous de trouver le ''juste milieu''.

Dans ce type de dissertation, on vous invite à réconcilier les deux points de vue en présence. Il faut alors être attentif à ce qui, dans chaque position, vous laisse en partie insatisfait. Ici, attention à un piège : certains sont portés à réconcilier artificiellement, dissertation oblige, les deux théories en présence en se rabattant sur la stratégie tentante du «juste milieu», qu'on doit manier ici avec des pincettes car elle peut s'avérer intenable. En effet, deux points de vue opposés peuvent à l'analyse se révéler tout à fait contradictoires, auquel cas aucune conciliation n'est possible. Que faire? À l'issue de votre présentation des positions en présence, il faut déterminer s'il y a ou non contradiction. Trois cas sont possibles.

Premier cas: il n'y a pas de contradiction, ni même de réelle opposition entre les deux positions qui envisagent simplement le même problème d'angles différents et il s'agit de les rapprocher. Vous terminez la présentation des thèse et antithèse en expliquant ce diagnostic et en montrant en un ou deux paragraphes que, sur la base de votre propre compréhension du problème traité, chacun des points de vue en présence est incomplet et que la meilleure chose à faire est d'utiliser l'un pour compléter l'autre: c'est le «juste milieu» en version «salade mélangée» pour ainsi dire. Et, en un ou deux paragraphes de plus, vous mélangez votre salade. Attention ! Il est important de mélanger des ingrédients qui vont ensemble. Assurez-vous donc que votre salade ne soit pas trop indigeste et qu'elle soit bien brassée. Que ce soit bien un juste milieu. Autrement dit: gare aux contradictions possibles qui, cette fois, vous guettent vous-même au lieu des auteurs en présence.

Deuxième cas: il n'y a pas de contradiction fondamentale, mais il y a une opposition sur un aspect particulier; si ce n'était de cet aspect, les deux parties s'entendraient. C'est le cas des lutteurs qu'il faut séparer: vous l'expliquez (un paragraphe). Malheureusement, il faut ensuite «couper les cheveux en quatre» pour les en convaincre. Vous examinez en un ou deux paragraphes les limites des deux positions de manière à faire de la place au milieu: c'est votre synthèse, que vous exposez ensuite en un paragraphe (Ouf!).

Troisième cas: il y a contradiction fondamentale (Aïe!) et vous avez affaire à des points de vue irréconciliables sur le terrain où ils s'affrontent, ce que vous expliquez (un paragraphe). Vous vous livrez ensuite à la haute voltige ultime, vous résolvez la contradiction: vous amenez le débat sur un autre terrain où les deux positions deviennent conciliables, ce que vous exposez en un ou deux paragraphes. Ça s'appelle déplacer le débat. Cet «autre terrain», c'est votre synthèse qui, en faisant voir le problème autrement, réconcilie les deux autres.

Félicitations ! Même votre prof n'y arrive pas toujours...

Pour finir, n'oubliez pas de conclure. Vous le faites de la même manière que le texte argumentatif ou, si c'est plus approprié selon vous, de la même manière que le commentaire critique.