Lire des textes, c'est rencontrer quelqu'un

Quand on vous demande de lire un texte en philosophie, c'est pour éveiller chez vous un questionnement sur certains aspects de la vie ou de la société, stimuler votre capacité à vous poser des questions, vous amener à maîtriser des idées qui, même si vous ne les partagez pas, peuvent néanmoins vous faire mieux comprendre votre monde. En ce sens, la bonne attitude n'est pas de voir les textes comme "de la matière à apprendre", mais comme des idées proposées à votre réflexion.

Dans ce genre de lecture, où le texte exprime une pensée inconnue qu'il vous faut apprivoiser, le premier aspect consiste à bien saisir ce que dit l'auteur. Cela signifie prendre son temps, s'arrêter, recommencer. D'abord faire une première lecture de survol, question de repérer les grandes lignes du texte et de son organisation. Ensuite, avec un crayon à mine (car les annotations peuvent changer au fil de la compréhension), on peut par exemple souligner les phrases ainsi que les concepts qui semblent importants, etc. En somme, il s'agit de savoir faire des pauses, s'arrêter, pour se demander ce que l'on comprend et ce que l'on ne comprend pas.

Résumer, mentalement ou par écrit, les différentes parties du texte permet de se situer à ce sujet. On peut aussi s'arrêter pour chercher au dictionnaire les mots inconnus. Et s'il reste des choses que l'on ne saisit décidément pas, le professeur sera trop heureux de démontrer ses capacités.Pour s'assurer d'avoir bien compris un texte, on peut se poser les questions suivantes : de quoi ça parle (thème, sujet), quelle est la problématique (les questions que l'auteur examine), quelle est la thèse (de quoi l'auteur veut-il nous convaincre), quels sont les principaux arguments (idées ou faits avancés par l'auteur pour confirmer ou démontrer sa thèse)?

Enfin, quand nous faisons une telle lecture, nous ne restons pas indifférents, nous réagissons. Le texte peut nous enthousiasmer, nous choquer, etc.: il faut aussi prêter attention à cette réaction; elle amorce notre réflexion au sujet des questions soulevées par le texte. Si vous êtes du genre rêveur, vous pouvez imaginer des situations illustrant les idées du texte; du genre critique, chercher des objections possibles; du genre logique, tirer les conséquences des idées de l'auteur ou faire des liens avec ce qui a été dit en classe, etc. En somme, il s'agit de mettre à profit vos tendances spontanées pour favoriser la meilleure rencontre possible entre vous et les idées de l'auteur.

Lire un essai, un roman, etc., c'est s'engager dans ce travail d'approfondissement, quitter les préoccupations du moment pour suivre un auteur dans son cheminement le plus abouti. Cet auteur se donnerait-il la peine d'écrire s'il n'y mettait pas le meilleur de son travail, de son expérience? En ce sens, il est un guide, mais un guide qui laisse entièrement libre de continuer son propre voyage (puisqu'il ne s'agit que d'un texte). Lire ne devrait donc jamais être l'activité désincarnée et ennuyante que certains prétendent. Au contraire, lire, c'est vivre plus.