Répondre à des questions « à développement » : il s'agit de réfléchir

Lorsqu'un professeur pose une question dite «à développement», par exemple lors d'un examen, son but est double. D'abord s'assurer que l'élève a saisi les différentes idées rencontrées en classe ou dans des textes. Ensuite, vérifier jusqu'où il a compris, c'est-à-dire si les idées «apprises» lui ont permis de réfléchir à son propre monde.

Pour ce faire, on peut distinguer deux grands types de questions. Dans l'un on ne vous demande pas de prendre position, dans l'autre oui. Ces deux types de questions peuvent sembler très différents à première vue. On aura l'impression que la question qui ne demande pas de prendre position veut simplement faire répéter ce que l'on a appris, sans impliquer sa propre réflexion, alors que celle qui le demande requiert la réflexion, mais très secondairement sur ce qu'on a appris. Erreur.

Prenons le cas le plus simple, celui où le professeur vous demande de présenter telle théorie, ou la pensée de tel auteur. Bien répondre exige déjà passablement de réflexion : en effet, il ne suffit pas de reproduire textuellement des phrases identiques à ce que dit l'auteur ou le prof. Nous l'avons déjà signalé, en philosophie, il ne s'agit pas essentiellement de fournir «la bonne réponse». Vous devez montrer que vous comprenez ce que vous écrivez, et donc expliquer la théorie ou la pensée de l'auteur, ce qui veut dire trouver des exemples, faire des liens entre les idées avancées par la théorie ou par l'auteur expliqués, que vous soyez ou non d'accord.

On pourrait comparer l'apprentissage des idées d'un auteur à l'essai de verres teintés. Comme ces derniers, les idées de l'auteur font voir le monde un peu autrement ; certains aspects ressortent alors qu'on ne les avait pas remarqués auparavant. Quand vous expliquez le monde tel que l'auteur le comprend, vous êtes amené à le regarder vous-même autrement : «Et si c'était comme ça?». Bien que votre réponse n'exprime pas votre propre position, elle n'est pas une répétition passive mais une action de l'esprit et, en ce sens, une réflexion.

D'autre part, même si l'on vous demande de prendre position, le travail ne consiste pas à dire ce que de toute façon vous auriez dit avant de connaître la pensée de l'auteur étudié, auquel cas vous ne feriez que vous répéter vous-même. En fait, la prise de position n'est qu'un résultat possible du travail réflexif; elle ne lui est pas absolument nécessaire et peut d'ailleurs être provisoire. Mais si on vous le demande, c'est que la formulation de votre position montrera comment vous avez compris les idées de l'auteur. Ce qui suppose de les considérer - au moins pour un temps - comme «vraies». L'essentiel est alors de bien suivre les conséquences de ces idées pour ensuite pouvoir vous exprimer le plus justement possible à leur propos. En somme, la difficulté est de faire l'apprentissage d'une pensée autre et, en même temps, de se laisser interpeller par elle.

Quelques conseils pratiques. Lisez bien la question. Vous demande-t-elle ou non votre avis? Lisez bien toute la question : identifiez-en les mots-clefs, puis notez les idées qui vous semblent pertinentes à ce sujet. Lorsque vous écrirez, il est essentiel d'être clair: comprenez-vous bien ce que vous avancez? Dans le cas contraire, il est douteux que votre lecteur le comprenne. Pour vous faciliter la tâche, associez chaque paragraphe à une idée bien précise. En fait, vous pourriez imaginer écrire à un ami à l'étranger : il n'a pas suivi le cours et vous désirez lui expliquer ces idées intéressantes que vous venez de découvrir. Si le professeur constate la qualité de vos explications adressées à un tiers, alors il saura ce qu'il voulait savoir, c'est-à-dire que vous avez compris. En ce sens, vous n'écrivez pas seulement pour le prof: répondre à une question d'examen est aussi un exercice de clarté pour vous-même.