«Tous ceux qui ne prennent pas comme modèle la nature, cette éducatrice de tous les maîtres,
s'efforcent en vain de faire de l'art ».
(Léonard de Vinci )
Une véritable révolution picturale secoue la Renaissance. Sous l'influence des idées des humanistes et en convergence avec l'apparition d'une nouvelle classe bourgeoise et marchande (flamande et italienne) qui s'empare du contrôle politique des États, on voit émerger un nouveau système de représentation du monde qui prend pour modèle la Nature telle qu'elle s'offre à nos yeux.
La Joconde ou Monna Lisa
Léonard de Vinci, 1503-1506, huile sur bois,
Musée du Louvre, ParisDeux innovations essentielles traversent la période :
- L'invention de la technique de la peinture à l'huile au début du XVe siècle
- La découverte des lois de la perspective linéaire en Italie
La technique de la peinture à l'huileLa grande innovation des maîtres flamands est d'avoir mis au point la technique de la peinture à l'huile. Grâce à cette innovation, ils obtiendront des résultats spectaculaires dans le rendu des couleurs et des textures (éclat et brillance).
- Jusque là, les peintres mélangeaient leurs pigments (poudre fine provenant d'une substance minérale broyée) avec un liant à base de jaune d'oeuf pour obtenir une pâte qu'ils délayaient ensuite avec de l'eau. Cette technique, dite "a tempera" ou à la détrempe, présente l'inconvénient de sécher rapidement et donc ne permet pas les retouches. En outre, ce médium à composante organique est sensible à l'humidité, laquelle est favorable au développement de micro-organismes qui peuvent gravement endommager l'oeuvre.
- De là les recherches en vue de trouver un liant inerte (non-organique) plus efficace. Depuis des siècles on recourait à des huiles essentielles (un traité du XIIe siècle attribué au moine Théophile en fait mention), mais son usage était limité par le fait qu'au contact de l'air, l'huile a tendance à durcir. C'est Jan Van Eyck (1390-1441) qui trouve la recette idéale en ajoutant de l'essence de térébanthine aux pigments liés à l'huile de lin, ce qui permet le séchage par évaporation.
[Source de l'image]
Jan van Eyck, L'homme au turban rouge, 1433La peinture à l'huile autorise la superposition de fines couches transparentes de couleur (les glacis) qui permettent d'obtenir des effets de lumière et d'ombre d'une grande subtilité ainsi qu'une grande richesse dans les teintes. Le peintre peut ainsi faire ressortir les plus infimes détails dans le rendu des textures et des formes conférant ainsi à l'oeuvre une grande sensualité. Le procédé se répand très vit, donnant naissance à l'école des maîtres flamands dits les "Primitifs".
La technique de la peinture à l'huile sera introduite en Italie et les peintres de Venise, au début du XVIe siècle, vont remplacer le panneau de bois par une toile tendue sur un cadre : le tableau moderne est né.
[Source de l'image]
Léonard de Vinci, La Vierge, l'enfant Jésus et sainte Anne 1510, huile sur bois, Louvre, ParisLa technique du "sfumato" Léonard de Vinci (1452-1519) incarne le parfait idéal de la Renaissance, cumulant, avec génie, tous les talents.
En peinture, il met au point une technique, le sfumato, destinée à produire des effets de profondeur en estompant les contours par un subtil jeu de dégradés de couleur. L'ensemble donne un effet brumeux ou vaporeux. Par la technique du clair-obscur, il joue sur les contrastes de lumière et d'ombre pour définir les formes. Il ne cessera jamais d'approfondir son art comme le montre son Saint-Jean Baptiste réalisé à la toute fin de sa vie.
Pour voir d'autres oeuvres de Vinci.
La découverte de la perspectiveLa découverte des lois de la perspective par les artistes de la Renaissance (qui sont à la fois peintres, architectes, sculpteurs et théoriciens) constitue une véritable révolution esthétique qui témoigne de la nouvelle vision du monde des hommes de cette époque.
C'est à l'architecte florentin Filippo Brunelleschi (1377-1446) que revient le mérite d'avoir exposé les principes de la perspective linéaire ou "artificielle" (par opposition à la perspective "naturelle" de la vision humaine).
- Il en fait la démonstration à partir d'une expérience réalisée à Florence en 1415 avec un miroir et un dessin monté sur une planchette dans laquel il a percé un trou pour voir l'image du baptistère de la cathédrale se réfléchir dans le miroir. [Voir image]. Se tenant devant le baptistère, il observe l'image du dessin à travers le miroir et montre qu'elle coïncide exactement avec celle de l'édifice lorsque l'observateur se tient à un endroit précis, soit le point de vue à partir duquel le dessin fut exécuté. [Voir image].
Ce procédé donne la possibilité de représenter le monde tel qu'il se donne à voir à l'oeil humain en créant l'illusion de la profondeur sur une surface plane. Il permet de "... créer avec une précision scientifique une illusion tridimentionnelle définie par la position théorique du spectateur dans l'espace réel " (1). Le procédé connaît immédiatement un grand succès. La fresque de la Sainte Trinité du peintre florentin Masaccio (1401-1428), offre la première oeuvre picturale utilisant les règles de la perspective artificielle ou géométrique.
[Source de l'image]
Masaccio, fresque de la Trinité, Santa Maria Novella,
Florence (detail), 1426
La véritable explication mathématique et géométrique de la perspective sera réalisée par le théoricien et architecte, Léon Battista Alberti (1406-1472) dans son traité De Pictura (1435). Il y explique que l'oeil constitue le point de vue à partir duquel se contruit une pyramide visuelle. La surface plane du tableau où se forme l'image constitue la base du triangle.« Alberti en déduit ce qu'il appelle la construzione legittima : cette méthode consiste à déterminer et à tracer tous les points d'intersection des rayons visuels avec le plan du tableau. On obtient ainsi une mise en perspective très rigoureuse et applicable à n'importe quel type d'objet (2)».
[Source de l'image]
Masolino, Fresque de la chapelle Brancacci, 1425
Pour donner l'illusion de la profondeur, l'artiste fait conveger les principales
lignes visuelles (ou orthogonales) vers un point de fuite.On comprend ainsi pourquoi la peinture italienne du XVe siècle devient l'idéal esthétique des princes et des humanistes. Comme le souligne le professeur Mikael Imberty, le recours généralisé à la perspective à cette époque.
« (...) témoigne d'une volonté affichée et très platonicienne de découvrir sous l'apparente incohérence du monde un ordre caché, de montrer que celui-ci répond à des principes déterminés et intelligibles (3) ».
Trouvez le point de fuite
L'effet de profondeur est obtenu par la convergence des lignes visuelles sur un point de fuite déterminé par le regard du peintre. Pour apprendre à trouver le point de fuite cliquez ICI.
Essayez de trouver le point de fuite sur cette oeuvre de Léonard de Vinci. Cherchez d'abord les grands axes du tableau constitués par les lignes visuelles (ou orthogonales) : l'horizon, les principales diagonales. Le point de fuite est là où convergent les principales parallèles. Essayez de voir la forme géométrique dans l'oeuvre. Pour trouver la solution : cliquez ICI.
Vinci, L'Annonciation 1473/75, huile sur bois, Musée des Offices, Florence
- John White, Perspective, dans Hale, J.R., dir. Dictionnaire de la Renaissance italienne, Paris, Éditions Thames & Hudson, coll. l'Univers de l'art, 1997, p.145 [retour]
- Mikael Imberty, "Vue en perspective", dans X-Passion, no. 21, 3ième trimestre 1998 [retour]
- Ibid. [retour]
Dernière mise à jour le 12 février 2006