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FAQ

Questionnement

Vous vous posez peut-être les questions suivantes sur la démarche d’autochtonisation au Collège Ahuntsic?
Il nous fait plaisir de vous proposer quelques réponses.

« Je ne comprends pas ce que ça veut dire concrètement, autochtonisation? »

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C’est normal car l’autochtonisation peut prendre plusieurs formes et doit tenir compte de chaque contexte institutionnel, de la même façon que les comportements coloniaux ne se manifestent pas partout de la même façon. Autochtoniser, c’est d’abord faire sa propre éducation, puis participer à celle des autres en devenant des agents multiplicateurs. Il n’y a pas qu’une seule (bonne) façon de faire. L’autochtonisation est une posture active d’engagement à contribuer à réduire les inégalités dans nos milieux. Elle peut prendre des formes assez complexes parce qu’elle nécessite qu’on se connaisse d’abord soi-même, assez bien pour être capable de nommer ses propres réflexes de domination, qu’ils soient personnels ou professionnels. Ces comportements ou modes de pensée sont souvent tellement ancrés qu’on ne les voit plus. En effet, des biais inconscients nous affectent toutes et tous à divers degrés et c’est parfois en vivant un peu d’inconfort qu’il est possible de les identifier plus facilement.

« Ça me semble un peu idéologique tout ça! »keyboard_arrow_down

Et le féminisme? Et le nationalisme? Et l’écologisme? Ce sont toutes des idéologies. Doit-on nier leur importance pour autant? L’autochtonisation est d’abord une posture de réflexion sur soi, suivie d’actions concertées et réfléchies. Elle implique de nommer une situation problématique et de reconnaitre ses privilèges et son propre pouvoir de participer à retisser des liens brisés. Comme le disait la militante Abénakise Nicole O’Bomsawin lors de sa participation à une conversation sur le racisme systémique envers les Autochtones tenue à Ahuntsic en 2020, « Il y a de la bannique et du pain sur la planche, mais nous sommes ensemble; mamu; mamo. »

« On dirait que ça prend beaucoup de place au Collège Ahuntsic depuis quelques années? »keyboard_arrow_down

Pour qu’une telle démarche soit cohérente, l’autochtonisation doit se faire dans le plus grand nombre de secteurs possibles. Ahuntsic est un grand Collège, organisé en de nombreux programmes, départements et services. Le défi est considérable. On peut penser que c’est beaucoup de visibilité mais n’oublions pas qu’il y a 500 ans d’injustices à réparer. Si on veut en venir à bout, il faut commencer maintenant et de façon intensive. Et travailler l’autochtonisation ne nous empêche pas de prendre position et d’agir sur d’autres enjeux. Les questions environnementales, la posture antiraciste à soutenir dans le Collège, et même les modes de gestion sont loin d’être incompatibles avec l’autochtonisation. Au contraire.

« Ce n’est qu’une mode, Ça passera! »keyboard_arrow_down

C’est important que cet aspect soit soulevé car il est vrai qu’un vent fort souffle actuellement en ce qui concerne le besoin de reconnaître l’importance et la légitimité des Premiers peuples. Et c’est tant mieux parce que pour la plus grande partie de notre histoire coloniale nord-américaine, nous avons complètement occulté les peuples autochtones. Comment fait-on, maintenant, pour passer du ponctuel au durable? Il est important de rappeler que l’autochtonisation dont on parle aujourd’hui dans les universités n’est pas vraiment une expérience nouvelle. En effet, bien peu de colons du 17e siècle auraient pu survivre sans l’exposition à des connaissances et des savoirs des Premiers peuples au moment de la période de contact.

« Il n’y a pourtant pas beaucoup d’étudiant.e.s autochtones dans notre Collège! »keyboard_arrow_down

Comment savez-vous qu’il y en a peu? Peu importe leur nombre, ils et elles ont le droit de se reconnaître dans la formation qu’on leur dispense et de se sentir culturellement sécurisé.e.s au sein de notre communauté. Plus largement, il s’agit d’une responsabilité collective, surtout pour une maison d’enseignement supérieur, quand on parle d’éducation (celle des Premiers peuples et celle des autres). Et même s’il n’y avait aucun.e étudiant.e autochtone dans une institution, ne les côtoyons-nous pas, ne serait-ce qu’à travers la lorgnette des bulletins de nouvelles? Ne sont-ils pas les premier.ère.s habitant.e.s de l’espace que nous occupons actuellement? Les collèges et les universités recevront de plus en plus d’étudiant.e.s des Premières Nations et Inuit dans les prochaines années. Les taux de natalité et de diplomation sont en hausse dans ces communautés. Que leur enseignera-t-on? Comment leur enseignera-t-on? Et n’oublions pas que le processus d’autochtonisation va au-delà des étudiant.e.s autochtones. C’est un sentier de décolonisation qui nous concerne tous et toutes en tant que résidant.e.s du territoire.

« J’ai peur de faire de l’appropriation culturelle sans m’en rendre compte. »keyboard_arrow_down

C’est déjà un bon réflexe que de nommer cette crainte. « Décoloniser en colon » est un piège bien réel à éviter. C’est vrai qu’il s’agit d’un terrain glissant mais cette crainte ne devrait pas être une excuse pour ne rien faire et ainsi continuer de participer à la perpétuation de rapports inégalitaires. Nous ferons tous et toutes des faux-pas, certains plus importants que d’autres. L’essentiel est de le reconnaître et d’apprendre de ceux-ci. L’autochtonisation n’est pas de l’appropriation culturelle.

Au Collège Ahuntsic, cette démarche a justement émergé d’une situation d’appropriation culturelle associée à l’ancien nom des équipes sportives, les « Indiens » et du souci que le processus de changement de nom se fasse correctement, en harmonie avec les principaux

et principales concerné.e.s. Nous sommes depuis le début accompagné.e.s par des membres des Premières Nations. Nos partenaires sont diversifiés en âge, en genre en langue, en origine, en types de savoirs et en compétences. Cela devrait d’ailleurs être la première chose à considérer quand on débute. Se tourner d’abord vers des organisations ou des personnes autochtones reconnues par leurs pairs est une condition sine qua non de l’autochtonisation. Il est aussi primordial de diversifier les collaborations, de consulter et de re-consulter parce que le points de vue de ces partenaires et leurs parcours sont aussi diversifiés que les nôtres.

« Pourquoi se concentrer surtout sur les Autochtones alors qu’au Collège Ahuntsic,
il y a beaucoup de gens issus de l’immigration qui ont de nombreux besoins? »
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Il est parfaitement légitime pour des personnes marginalisées et touchées par d’importantes inégalités de se sentir dérangées par un processus d’autochtonisation. Quand la question est posée par quelqu’un qui fait partie d’une classe privilégiée, par contre, il est plus difficile de comprendre pourquoi la personne qui émet des réserves se sent menacée par une telle démarche.

Il y a du racisme et de la discrimination systémiques partout au Canada et au Québec. Il faut le nommer, le répéter et agir en ce sens, avec les principaux acteurs des milieux concernés. Les personnes issues de l’immigration, incluant les nouveaux et nouvelles arrivant.e.s, sont directement touchées par cette violence sociale. Des solutions concrètes s’appuyant sur une réelle remise en question de nos systèmes (politique, d’éducation, de santé, etc.) tardent à être implantées. Mais le problème ne se situe peut-être pas tant dans l’existence-même de l’autochtonisation que dans l’insuffisance des ressources destinées à ces personnes. Diviser les enveloppes budgétaires pour mieux « régner », peut-être? Placer en compétition des groupes qui ne peuvent pourtant pas se permettre de s’opposer?

De nombreux.euse.s chercheurs.euse.s affirment qu’il existe une intersectionnalité des inégalités. De façon générale, quand une personne racisée ou faisant partie d’une population marginalisée s’intéresse à une démarche d’autochtonisation, elle y constate souvent rapidement des similitudes et des complémentarités avec sa propre situation où celle du groupe auquel elle s’identifie. Puisqu’elle se situe dans le cadre plus large de la remise en question de nos systèmes (inégalitaires), l’autochtonisation ne fonctionne pas en silos, pas plus qu’elle n’est exclusive. Elle est au contraire transférable, polymorphe et adaptable. On peut s’en inspirer et elle s’inspire elle-même des mouvements de décolonisation partout dans le monde, notamment en Afrique.

Néanmoins, autant les oppressions des peuples autochtones trouvent leurs équivalences dans d’autres groupes, autant il est important de reconnaître que les Premières Nations et les Inuit sont parmi les populations les plus touchées par les inégalités sociales, historiques, économiques, sanitaires et culturelles au Canada. Il n’y a qu’à fouiller quelques registres statistiques pour en avoir des preuves concrètes et malheureusement, bien actuelles. La colonisation n’est pas une chose du passée et réglée. Pendant longtemps, les personnes des Premières Nations et Inuit se sont vues (comme la plupart des groupes ethnoculturels au Québec) diluées dans l’appellation générale et banalisante de « diversité culturelle ».

Après avoir séjourné dans l’invisibilité pendant des siècles en Amérique du Nord, il est plus que temps que nous reconnaissions l’existence des peuples autochtones, leur importance et leur apport à la société québécoise d’aujourd’hui, d’hier et surtout, de demain. Et il est primordial que cela se fasse avec l’implication de tous les acteurs de notre milieu, surtout ceux et celles qui y trouvent des similitudes : un processus de décolonisation pour le bénéfice de l’ensemble de notre communauté.

« Autochtoniser mes cours, ça veut dire les refaire au complet? »keyboard_arrow_down

Autochtoniser ses cours ou sa pratique est un processus qui varie beaucoup d’une personne à une autre, en fonction des intérêts, des connaissances, des sensibilités, des expériences et du temps qu’une personne est prête à y consacrer. Il n’y a pas de petits gestes. Autochtoniser, ce n’est pas que remplacer ou modifier des notes de cours. C’est un long processus qui dépasse le contenu théorique et qui implique d’abord de réfléchir sur ses propres pratiques. Il s’agit probablement de la partie la plus exigeante, d’ailleurs. Comme professionnel.le.s de l’éducation, comme enseignant.e.s au collégial, nous sommes considéré.e.s et nous nous considérons comme des spécialistes de contenu et de pédagogie. Et c’est le cas. Mais une part de nous-même doit reconnaître son ignorance, ce que nous ne sommes pas tous et toutes habitué.e.s à faire puisqu’il s’agit d’une posture confrontante, voire déroutante.

Rappelons-nous aussi qu’une démarche d’autochtonisation aura plus de succès si les personnes qui l’entreprennent en sont convaincues. Ici, le « pourquoi » (les motivations réelles) prime sur le « comment » (la recherche d’une recette à appliquer). L’autochtonisation devrait se faire sur une base volontaire, idéalement en concertation avec des collègues, de façon réaliste, un pas à la fois et sans se fixer d’échéances précises ou trop lointaines.

Et pour ce qui est des domaines d’enseignement très spécifiques, loin, par exemple, des sciences humaines, l’autochtonisation peut sembler moins naturelle mais elle peut aussi constituer une porte d’entrée sur quelque chose de plus large : l’inclusion, les rapports hiérarchiques, la distance avec l’autre, la persévérance scolaire. Quand on commence à ouvrir ces portes, on se rend rapidement compte des infinies possibilités.

« Les systèmes autochtones ne sont pas des savoirs mais des croyances.
Je vois mal comment cela peut être compatible avec ce que j’enseigne. »

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Cette vision réduite de l’« Autochtone » nous vient du système d’éducation, de ce que nous avons appris qui est également, ne l’oublions pas, ce que les Premières Nations et Inuit apprennent eux aussi aujourd’hui dans les écoles du Québec. L’histoire enseignée est celle du colonisateur (Européen). La façon dont on continue de parler (ou de ne pas parler) des peuples autochtones dans le cursus scolaire permet à la fois le renforcement de notre identité nationale mais également la justification de l’exploitation des ressources naturelles, notamment dans les régions plus éloignées des grands centres urbains. Les peuples autochtones et leurs systèmes complexes de connaissances, notamment en ce qui a trait au territoire, à la gouvernance, à la santé et à l’éducation, ne sont pas enseignés. Et pourtant, il existe une documentation scientifique solide en ce qui a trait aux pédagogies et aux méthodologies autochtones dans le domaine de la recherche.

« Je crains que notre identité québécoise en souffre. »keyboard_arrow_down

Avons-nous qu’une seule identité ? Si oui à quels éléments précis de l’identité québécoise faisons-nous référence exactement? Et en quoi la renaissance des identités autochtones constitue-t-elle une menace? Ce sont-là d’importantes questions à se poser puisque l’autochtonisation implique une bonne reconnaissance de sa propre culture et de sa.ses propre.s identité.s.