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FAQ

Questionnement

Vous vous posez peut-être les questions suivantes sur la démarche d’autochtonisation au Collège Ahuntsic?
Il nous fait plaisir de vous proposer quelques réponses.

Texte : Julie Gauthier

« Je ne comprends pas ce que ça veut dire concrètement, autochtonisation? »

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C’est normal de ne pas avoir une compréhension claire de la notion d’autochtonisation puisqu’elle prend plusieurs formes et tient compte de l’unicité des contextes personnels, professionnels et institutionnels. De la même façon, les comportements « coloniaux » ne se manifestent pas partout et chez tout le monde de la même façon.

Souhaiter autochtoniser, c’est d’abord reconnaître la présence, l’importance et la valeur des peuples autochtones en faisant sa propre éducation tout en participant à celle des autres. Il n’y a pas de marche à suivre unique ou de « recette » pour autochtoniser sa pratique.

L’autochtonisation est plutôt une posture active amenant les personnes qui y participent à s’engager à contribuer à réduire les inégalités dans leurs milieux et à créer des espaces pour que s’expriment les personnes des premiers peuples. L’autochtonisation peut prendre des formes assez complexes parce qu’elle nécessite qu’on se connaisse d’abord soi-même assez bien pour être capable de nommer ses propres réflexes de domination. Ces réflexes ou systèmes de pensée sont souvent tellement ancrés qu’on ne les voit plus et c’est parfois en vivant un peu d’inconfort qu’il est possible de les identifier plus facilement.

« Ça me semble un peu idéologique tout ça? »keyboard_arrow_down

Le féminisme, le nationalisme et l’écologisme, pour n’en nommer que quelques-unes, sont aussi des idéologies. Plus qu’une idéologie, l’autochtonisation est d’abord une posture réflexive d’écoute, accompagnée d’actions concertées et réfléchies. Elle implique de nommer une situation problématique et de reconnaitre ses privilèges et son propre pouvoir de participer à retisser des liens brisés. Comme le disait la militante abénakise Nicole O’Bomsawin lors de sa participation à une conversation sur le racisme systémique envers les Autochtones, tenue au Collège en 2020, « Il y a de la banique et du pain sur la planche, mais nous sommes ensemble ; mamu ; mamo. »

« On dirait que ça prend beaucoup de place au Collège Ahuntsic depuis quelques années? »
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Pour qu’une telle démarche soit cohérente, l’autochtonisation doit se faire dans un ensemble de secteurs. Ahuntsic est un grand Collège, organisé en de nombreux programmes, départements et services. Le défi est donc considérable. Mais l’amorce de la réparation systémique d’injustices perpétrées depuis des siècles au Canada demande qu’on s’y mette dès maintenant et de façon soutenue. Par ailleurs, travailler un processus d’autochtonisation ne nous empêche pas de prendre position et d’influer sur d’autres enjeux. Les questions environnementales, la posture antiraciste et même les modes de gestion sont compatibles avec l’autochtonisation.

« L’autochtonisation jouit d’un certain effet de mode.
Ça passera éventuellement! »keyboard_arrow_down

C’est important que cet aspect soit soulevé car il est vrai qu’un vent fort souffle actuellement en ce qui concerne le besoin de reconnaître l’importance et la légitimité des Premiers peuples. Il s’agit d’une transition nécessaire parce que pour la plus grande partie de notre histoire coloniale nord-américaine, ces populations ont été particulièrement occultées et impactées.

Comment faire, aujourd’hui, pour passer du ponctuel au pérenne? Il est important de nous rappeler que l’autochtonisation étudiée dans les maisons d’enseignement n’est pas véritablement une expérience nouvelle. En effet, bien peu de colons du 17e siècle auraient pu survivre sans l’exposition à des connaissances et des savoirs des Premiers peuples au moment de la période de «Contact».

« Il n’y a pourtant pas beaucoup d’étudiant.e.s
autochtones dans notre Collège. Qu’est-ce qui justifie cette démarche? »keyboard_arrow_down

Peu importe leur nombre, ils et elles ont le droit de se reconnaître dans la formation qui leur est dispensée et de se sentir culturellement sécurisé.e.s au sein de notre communauté collégiale. Plus largement, il s’agit d’une responsabilité collective, surtout lorsque nous œuvrons dans le domaine de l’éducation supérieure (celle des étudiant.e.s des Premiers peuples et celle du reste de la population étudiante). De surcroit, même si notre institution ne comportait aucun.e étudiant.e autochtone, ne côtoyons-nous pas ces peuples et nations, ne serait-ce qu’à travers la lorgnette des bulletins de nouvelles? Ne sont-ils pas les premier.ère.s habitant.e.s de l’espace que nous occupons actuellement?

Dans les prochaines années, les cégeps et les universités recevront de plus en plus d’étudiant.e.s des Premières Nations et Inuits. Les taux de natalité et de diplomation sont en hausse dans ces communautés. Quels contenus leur enseignera-t-on? Comment leur enseignera-t-on? De quelles façons participeront-elles à cette éducation? Rappelons-nous qu’un processus d’autochtonisation est un chemin de décolonisation qui nous concerne tous et toutes en tant que résidant.e.s de ce territoire.

« J’ai peur de faire de l’appropriation culturelle
sans m’en rendre compte. »keyboard_arrow_down

C’est un excellent réflexe de nommer cette crainte. « Décoloniser en colon » est un piège bien réel à tenter d’éviter. Même s’il s’agit d’un terrain glissant, cette crainte fondée ne devrait pas limiter nos actions ou contribuer au maintien de rapports inégalitaires. Nous faisons tous et toutes des faux-pas. Certains sont plus importants que d’autres. Mais l’essentiel est de les reconnaître quand ils se présentent afin d’apprendre de ces expériences. L’autochtonisation ne va pas nécessairement de pair avec l’appropriation culturelle.

Au Collège Ahuntsic, cette démarche a plutôt émergé d’une situation d’appropriation culturelle associée à l’ancien nom des équipes sportives, les « Indiens » et du souci que le processus de changement de nom et de logo se fasse correctement, progressivement et de concert avec les principaux et principales concerné.e.s. Le Collège a été depuis le début accompagné par des membres des Premières Nations. Ces partenaires sont diversifié.e.s en âge, en genre, en langue, en origine culturelle, en types de savoirs et en compétences. Privilégier l’expertise d’organisations et de personnes autochtones reconnues par leurs pairs est une condition fondamentale de l’autochtonisation. Il est aussi primordial, dans ces collaborations, de prendre le temps de consulter et de reconsulter, en évitant la « tokenisation », c’est-à-dire l'inclusion d’une personne autochtone ou racisée dans un groupe, sans que celle-ci ait une autorité ou un pouvoir égal à celui des autres membres du groupe et en lui faisant porter le fardeau de représenter l’ensemble des personnes de sa communauté.

« Pourquoi se concentrer surtout sur les Autochtones alors qu’au Collège Ahuntsic,
il y a beaucoup de gens issus de l’immigration qui ont de nombreux besoins? »
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Il est parfaitement légitime et compréhensible pour des personnes marginalisées et touchées par d’importantes inégalités de se sentir dérangées par un processus d’autochtonisation. Quand la même question est posée par quelqu’un qui fait partie d’une classe privilégiée, il peut toutefois être plus difficile de comprendre les fondements des réserves exprimées.

Il y a du racisme et de la discrimination systémiques un peu partout au Canada et au Québec. Les personnes issues de l’immigration, incluant les nouveaux et nouvelles arrivant.e.s, sont directement touché.e.s par cette violence sociale et culturelle. Le nommer, le répéter et agir en ce sens, avec les principaux acteurs des milieux concernés favorise l’implantation de solutions concrètes qui s’appuient sur un questionnement de nos systèmes (politique, d’éducation, de santé) et permet de réduire la mise en opposition de groupes qui gagnent à unir leurs luttes. De façon générale, quand une personne autochtone, noire ou de couleur (PANDC) s’intéresse à une démarche d’autochtonisation, elle y relève généralement rapidement un nombre important de similitudes avec sa propre situation où celle du groupe auquel elle s’identifie.

Puisqu’elle se situe dans le cadre plus large de la remise en question de nos systèmes, l’autochtonisation est transversale, transférable, polymorphe et adaptable. On peut s’en inspirer et elle s’inspire d’ailleurs elle-même des mouvements de décolonisation africains, par exemple. Néanmoins, autant les oppressions des peuples autochtones trouvent leurs équivalences dans d’autres groupes, autant il est important de reconnaître que les Premières Nations et les Inuits figurent parmi les populations les plus touchées par les inégalités sociales, historiques, économiques, sanitaires et culturelles au Canada. Il n’y a qu’à fouiller quelques registres statistiques pour en avoir des preuves concrètes et bien contemporaines. La colonisation n’est pas une chose du passé et réglée.

Pendant longtemps, les personnes des Premières Nations et Inuits se sont vues (comme d’autres groupes ethnoculturels au Québec) diluées dans l’appellation généralisante de « diversité culturelle ». Après avoir séjourné dans l’invisibilité pendant des siècles en Amérique du Nord, il est plus que temps que nous reconnaissions l’existence des peuples autochtones, leur importance et leur apport à la société québécoise d’aujourd’hui, d’hier et surtout, de demain. Et il est primordial que cela se fasse de concert avec tous les acteurs de notre milieu, surtout ceux et celles qui y trouvent des similitudes : un processus de décolonisation pour le bénéfice de l’ensemble de nos communautés respectives.

«Si je suis enseignant.e, est-ce qu’autochtoniser mes cours implique de les refaire au complet? »keyboard_arrow_down

Autochtoniser ses cours ou sa pratique est un processus qui varie beaucoup d’une personne à une autre, en fonction des intérêts, des connaissances, des sensibilités, des expériences et du temps qu’une personne est prête à y consacrer. Il n’y a pas de petits gestes. Autochtoniser, ce n’est pas que remplacer ou modifier des notes de cours. C’est un long processus qui dépasse le contenu théorique et qui implique d’abord de réfléchir sur ses propres pratiques. Il s’agit probablement de la partie la plus exigeante, d’ailleurs. Comme professionnel.le.s de l’éducation, comme enseignant.e.s au collégial, nous sommes considéré.e.s et nous nous considérons comme des spécialistes de contenu et de pédagogie. Et c’est le cas. Mais une part de nous-même doit reconnaître son ignorance, ce que nous ne sommes pas tous et toutes habitué.e.s à faire puisqu’il s’agit d’une posture confrontante, voire déroutante et énergivore.

Rappelons-nous aussi qu’une démarche d’autochtonisation aura plus de succès si les personnes qui l’entreprennent en sont convaincues. Ici, le « pourquoi » (les motivations réelles) prime sur le « comment » (la recherche d’une démarche clé en main).

L’autochtonisation devrait donc se faire sur une base volontaire, idéalement en collégialité avec des collègues, de façon réaliste, un pas à la fois et sans se fixer d’échéances irréalistes ou trop lointaines.

Et pour ce qui touche des domaines d’enseignement très spécifiques, loin, par exemple, des sciences humaines, l’autochtonisation peut sembler moins naturelle mais elle peut aussi constituer une porte d’entrée sur quelque chose de plus large : l’inclusion, les rapports hiérarchiques, la distance avec l’autre, la persévérance scolaire. Quand on ouvre ces portes, on se rend rapidement compte des infinies possibilités qui se trouvent derrière chacune d’elles.

« Les systèmes autochtones ne sont pas des savoirs mais des croyances. Je vois mal comment cela peut être
compatible avec ce que j’enseigne.»

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Cette vision réduite de l’«Autochtone» nous vient du système d’éducation, de ce que nous avons appris qui est également, ne l’oublions pas, ce que les Premières Nations et les Inuits apprennent eux aussi aujourd’hui dans les écoles du Québec. L’histoire enseignée est celle du colonisateur (européen). La façon dont on continue de parler (ou de ne pas parler) des peuples autochtones dans le cursus scolaire permet à la fois le renforcement de notre identité nationale mais également la justification de l’exploitation des ressources naturelles, notamment dans les régions plus éloignées des grands centres urbains.

Les peuples autochtones et leurs systèmes complexes de connaissances, notamment en ce qui a trait au territoire, à la gouvernance, à la santé et à l’éducation, ne sont pas enseignés. Et pourtant, il existe une documentation scientifique rigoureuse en ce qui a trait aux pédagogies et aux méthodologies autochtones dans le domaine de la recherche.

 

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Julie Gauthier
Enseignante en anthropologie
Responsable du projet Rencontres autochtones
Conseillère pédagogique en équité, diversité et inclusion (EDI)
julie.gauthier@collegeahuntsic.qc.ca