Mariette Rousseau-Vermette

Mariette Rousseau-Vermette bandeau

Fiche technique

ROUSSEAU-VERMETTE, Mariette (1926-2006). Sans titre, 1973, laine et coton, 123 x 490 cm, don des architectes Angers & Perron, Collège Ahuntsic, Montréal (Québec), Canada.
 

Biographie

Mariette Rousseau est une artiste-lissière québécoise. Entre 1944 et 1948, elle étudie à l’École des beaux-arts de Québec, où elle acquiert une formation en dessin de textile et en tapisserie. Elle poursuit sa formation l’année suivante au Oakland College of Arts & Crafts tout en travaillant comme dessinatrice au Studio de Dorothy Liebes, à San Francisco (Calif.) aux États-Unis. Ses fréquents voyages en Europe et au Japon entre 1952 et 1968 lui permettent ensuite d’approfondir ses connaissances sur les techniques de la tapisserie.

En épousant le céramiste Claude Vermette, l’artiste change son nom pour Rousseau-Vermette.

Mariette Rousseau-Vermette gagne de nombreux prix et reçoit plusieurs distinctions au cours de sa vie. Son travail est reconnu internationalement. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections privées et publiques, dont celles du Metropolitan Museum of Art à New York, du Chicago Art Institute à Chicago, du Musée d’art moderne de Kyoto, du Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, du Musée national des beaux-arts du Québec à Québec et du Musée d’art contemporain à Montréal.

L’artiste-lissière a commencé sa carrière par la reproduction de tableaux en tapisserie avant de produire ses propres cartons et de les tisser sur un métier de basse-lisse, où les fils de chaîne horizontaux sont recouverts par les fils de trame. Le tissage en basse-lisse permet un travail plus rapide que la haute-lisse, où la chaîne est verticale.

Sa pratique s’inscrit dans le courant de la Nouvelle tapisserie qui voit le jour au milieu des années 1960. Cette tendance reconnait la tapisserie comme un moyen d’expression à part entière, un art autonome qui n’est pas subalterne à la peinture. Les artistes-lissiers, souvent multidisciplinaires, renouvellent le tissage, métissent les techniques et les médias, avec comme préoccupation majeure la spécificité du matériau, qu’il se compose de fibres synthétiques ou naturelles, animales ou végétales, pour en exploiter les ressources plastiques. La Nouvelle tapisserie est diversifiée et investit l’environnement architectural moderne.

Pour un article détaillé sur les débuts de la carrière de Mariette Rousseau-Vermette », lire NEWLANDS, Anne. « Mariette Rousseau-Vermette : Journey of a Painter-Weaver from the 1940s through the 1960s », Journal of Canadian Art History / Annales d'histoire de l'art canadien, vol.32, no2,‎ 1er janvier 2011, p.74–107.
 

Description de l’œuvre

La tapisserie Sans titre du Collège Ahuntsic est un don des architectes Angers & Perron qui ont produit les plans du Pavillon des Sports et de la bibliothèque.

Cette tapisserie a connu trois installations depuis 1973. Elle a d’abord été suspendue dans la salle de lecture de la bibliothèque Laurent-Michel-Vacher, au-dessus des fichiers du catalogue, avant d’être décrochée et entreposée lors de l’agrandissement de l’espace. De 1998 à 2018, elle était installée sur le mur est de l’escalier qui mène au 2e étage de la bibliothèque avant d’être déménagée, à l’hiver 2019, dans le hall au pavillon François-de-Laval (A).
 

Oeuvre de Mariette Rousseau-Vermette entrée pavillon A

Dans la Nouvelle tapisserie, les artistes-lissiers peuvent présenter plusieurs techniques au sein d’une même œuvre, mêlant tissage, tressage, broderie, tricot, etc. Ils laissent aussi parfois les fils de chaîne bien visibles pour montrer le matériau et la nature même de leur travail. L’œuvre textile peut également quitter le mur pour devenir spatiale ou environnementale, par exemple.

La tapisserie du Collège Ahuntsic est murale. Les fils de chaîne en coton sont entièrement recouverts par les fils de trame, en laine colorée. La chaîne est d’autant moins visible qu’elle est dissimulée dans la laine que l’artiste a brossée après le tissage. Cette technique donne du volume à la tapisserie ainsi qu’une texture mousseuse, qui tranche sur la nudité des murs de béton peint. L’œuvre présente un dégradé vertical de couleurs saturées, mais la composition rigide de la géométrie est atténuée par le brossage. Les formes colorées simplifiées structurent l’œuvre et habitent l’espace architectural.

Les motifs colorés de cette œuvre rappellent aussi la tendance picturale de l’expressionnisme abstrait géométrique américain, notamment les œuvres de Mark Rothko peintes à la même période, qui présentent des champs colorés vaporeux sur de grands formats.

La tapisserie est à apprécier dans son intégration avec l’architecture moderne, aux lignes géométriques verticales et horizontales, avec lesquelles les dégradés et la texture douce de la laine contrastent.