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Un moment privilégié avec Claud Michaud

Claud Michaud - 6 octobre 2026
Le 19 octobre 2026 par: Département de français et lettres

Nous avons vécu un moment de grâce avec M. Claud Michaud, auteur-compositeur-interprète, dans le cadre du cours Pratique du français pour les élèves allophones le 6 octobre 2026. Cet événement a été rendu possible grâce au soutien financier de l’UNEQ (programme Parlez-moi d'une langue) et du Collège (programme ACST).

M. Michaud nous a bercé sur des airs de chez nous. Grâce à sa voix et à sa musique, il nous a fait voyager dans le temps et l’espace, de l’Abitibi (Richard Desjardins) à l’île d’Orléans (Félix Leclerc), même sur les traces des Canadiens français exilés en Nouvelle-Angleterre espérant survivre en travaillant dans les usines de coton (Clémence DesRochers) et sur celles de Félix parti en France pour percer. Il nous a conté des pans de l’histoire du Québec pour mettre en contexte les chansons qu’il nous a livrées, celles des grands noms de la chanson à texte d’ici ainsi qu’une de ses touchantes compositions. C’était une véritable initiation au cours de littérature québécoise, avec la présentation d’événements historiques majeurs, la lecture d’un extrait de Refus global, l’interprétation d’un poème mis en chanson et de chansons issues de notre répertoire national, qui ont bien souvent eu des échos à l’international. Il nous a d’ailleurs fait chanter en chœur la chanson québécoise la plus célèbre et la plus traduite à travers le monde : « Quand les hommes vivront d’amour » de Raymond Lévesque, un hymne à la paix composé à Paris en 1956 à propos de la guerre d’Algérie et qui a notamment été repris en 1974 sur les plaines d’Abraham par Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois.

La langue, l’identité et la culture étaient au centre des discussions avec M. Michaud; la liberté et l’existence, au cœur de ses réflexions. Parmi ses missions, il poursuivait celle de « donner à entendre la langue française quand elle est portée par le souffle, le rythme et l’image »1, une langue vivante qui continue d’exister grâce à un peuple qui se tient debout.

Il nous a aussi fait réfléchir sur la langue, notamment sur le sens du mot « exister ». Nous avons parlé de notre langue, les élèves ont parlé de la leur. Ils ont nommé les mots de leur pays qui n’ont pas d’équivalent en français : un sentiment d’amour très fort, un instrument de musique, une épice, une façon de cuisiner. Une élève a souligné que la langue a le pouvoir d’unifier les gens. Nous avons aussi parlé du pays d’accueil et du pays d’origine. Tous ont évoqué des souvenirs de leur pays, qu’ils portent en eux : la phrase d’une mère incitant à préparer plus de nourriture, car « on ne sait jamais » si quelqu’un arrivera à l’heure du repas; la maison de campagne où la famille se rassemblait pendant les vacances pour cuisiner, manger, discuter; la présence des siens le soir autour du feu pour échanger, transmettre les savoirs des anciens et conter des histoires, en l’absence d’appareils électroniques; les pannes d’électricité fréquentes, mettant tout à l’arrêt et permettant de profiter du moment à la chandelle. Ils ont aussi mentionné ce que représente le Québec pour eux : la sécurité, la persévérance qu’il faut avoir pour réussir, la beauté des bâtiments ancestraux de la ville de Québec, de la chute Montmorency, de l’île d’Orléans, du rocher Percé, la rusticité d’un chalet dans la forêt, le brouillard couvrant le paysage le matin, l’absence de séparation entre le ciel et la terre le soir à l’horizon. Ils ont aussi nommé la difficulté de recommencer sa vie dans un nouveau pays.

Cet atelier était tout à fait à propos puisque la prochaine œuvre à l’étude, La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel, aborde justement les thèmes essentiels de l’immigration, dont la langue, les lieux, l’insertion sociale. Ce passage, tiré du roman, résume bien l’expérience vécue par « tous les M. Linh de la terre »2 : « Rien ne ressemble à ce qu’il connaît. C’est comme de venir au monde une seconde fois »3.

Cette activité a très certainement permis aux élèves de développer leur attachement au Québec. Pour la clore de manière festive, nous avons partagé des desserts, poursuivi les discussions, tissé des liens et certains ont même chanté!

Nous en ressortons tous grandis, unis, heureux. Cette rencontre nous a bouleversés; nous sommes transformés. Il y a un avant et un après. Grâce à tout cela, nous avons existé.

C’était un moment unique qui restera dans nos mémoires, dans nos cœurs. M. Michaud a su toucher nos âmes, comme l’affirmait l’un des élèves. N’hésitez pas à l’inviter dans vos classes, c’est un artiste inspiré et inspirant, avec une voix puissante et riche, des doigts qui dansent sur sa guitare, un homme dont les « souliers ont beaucoup voyagé », c’est pourquoi il est habité par l’histoire du Québec et d’ailleurs, c’est aussi un conteur, un grand communicateur, un pédagogue. C’était le meilleur cours de la session!

On a pris le temps d’arrêter le temps, comme dans une panne d’électricité, pour vivre le moment, pour exister. Assis en rond, il nous manquait seulement un feu.

1 Ce passage est tiré de la présentation de son atelier-chansons-poésie La chanson québécoise comme haut lieu de la langue française.
2 Philippe Claudel, La petite fille de Monsieur Linh, Paris, Le livre de poche, 2005, p.7 (dédicace).
3 Ibid., p.22.